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Verdict panoramique de vos dernières lectures... [ Bandes Dessinées : auteurs, séries, et toutes ces sortes de choses... ] retour forum
 | | beuzno, 17.02.2016 à 18:38 | 361552 |
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ouvrage hybride :
- journal d'une jeune américaine de 15 ans
- nombreux dessins illustratifs
- passages en bd
mon libraire l'a classé en littérature
Phoebe Gloeckner est fan de Crumb et ça se voit
famille, amour, amitié, alcool, sexe et drogue
glauque mais passionnant (je crois qu'elle a eu des problèmes de censure)
coup de coeur
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 | |  |  | Chef d'œuvre total. Sur le sujet toujours bien exposant du "non je ne veux pas d'enfant et oui, je suis certaine de ne pas changer d'avis un jour".
Pour ceux qui ont déjà bouffé de la pression sociale pro-reproduction (et même pour les autres, pour voir ce que ça fait) et surtout pour celle qui ont été confronté à la difficulté de trouver quelqu'un qui, avant même d'accepter de les aider à se faire stériliser, accepte de les écouter sans les juger.
Et le dessin ! La narration est parfaite !
La pagination n'est pas si large que ça, mais, à la fin de l'album, tout est dit. |
 | | Mael, 09.02.2016 à 22:36 | 361517 |
|  |  | Merci beaucoup à LL de Mars pour sa lecture, je crois aussi qu'avec les participations régulières et les dossiers thématiques d'analyse le fanzine trouve sa forme.
Une petite précision cependant, il n'y a jamais eu de dossier Imagex (mais un dossier Viper, et des publications régulières d'Imagex, à qui j'ai consacré un cycle sur Du9).
Heureux de ton impatience, le prochain numéro aura un gros dossier consacré aux éditions Artefact. Ce n'est pas un petit morceau. |
 | | Glotz, 09.02.2016 à 16:50 | 361514 |
|  |  | | Mr_Switch : | | Tu me disais qu'il te paraissait beaucoup plus narratif que tous les livres de Léo Quiévreux que tu connaissais ? |
Un lecteur qui a besoin d'une histoire pourra y trouver son compte, mais ça serait dommage de s'y limiter :) |
 | | Mael, 09.02.2016 à 16:16 | 361513 |
|  |  | | Glotz : | | C'est affligeant de nullité, et Hermann a clairement du mal à dessiner de manière correcte aujourd'hui ; mais j'ai été cruel en commençant par son dernier livre. |
Pas vraiment, tu aurais pris n'importe quel bouquin scénarisé par son fils (soit quasi tous depuis plus de 15 ans ?) et ça aurait été aussi nul, peut-être un peu mieux dessiné, et encore.
Ado j'avais été marqué par Lune de guerre, mais je n'ose pas le rouvrir aujourd'hui... |
 | |  |  | | Tu me disais qu'il te paraissait beaucoup plus narratif que tous les livres de Léo Quiévreux que tu connaissais ? |
 | | Glotz, 09.02.2016 à 15:29 | 361511 |
|  |  | | lldm : | | 1) Comme chaque année... |
Merci pour cette longue liste de conseils (et le gentil mot pour Gorgonzola). Je conseille également la lecture du Programme immersion, mon achat le plus intéressante de ce festival, le grand livre de Léo Quiévreux que j'attendais depuis longtemps, extrêmement riche et beaucoup plus accessible que ce que j'aurais pensé. |
 | | Glotz, 09.02.2016 à 15:24 | 361510 |
|  |  | Par curiosité, j'ai lu cet album, le dernier Hermann, l'histoire d'un vieux Noir du Mississippi qui après la mort de sa femme décide d'assassiner les trois Blancs qui avaient violé et tué sa petite-fille huit ans plus tôt. Il n'y a pas de rebondissements, pas d'originalité, pas de recherche des personnages : l'histoire se déroule comme dans cent mille livres du même type, et à la fin il se fait lyncher, car bon « c'est comme ça dans le Mississippi » en 1952. C'est affligeant de nullité, et Hermann a clairement du mal à dessiner de manière correcte aujourd'hui ; mais j'ai été cruel en commençant par son dernier livre.
Roz Chast, dessinatrice vedette du New Yorker (entre autres), a raconté dans cet album la fin de vie des ses parents nés en 1912 de 2003 à leurs décès en 2007 et 2009. D'habitude je n'aime pas trop les récits médicaux un peu voyeuristes mais j'ai trouvé celui-ci intéressant, peut-être parce qu'il s'attachait beaucoup à montrer les détails concrets de ce vieillissements sans montrer sous un jour trop flatteur ni la narratrice (fille peu aimante et obsédée par le coût énorme du mouroir de luxe des derniers mois), ni les parents qui se refusent à comprendre qu'ils doivent bientôt mourir.
Lue il y a longtemps, ce recueil d'histoires courtes de Nine parodiant le roman noir et les histoires de détective alterne entre parodie efficace à grands coups de dessins jetés et d'aplats criards et excès en tous genres faisant osciller les planches vers la vulgarité la plus banale. Jouer avec les clichés est risqué, Nine n'y arrive pas toujours.
Pas grand chose à dire de plus que Thierry ou Allister au sujet de cet album sinon que j'avais trop marqué par l'adaptation cinématographique pour réellement apprécier la bande dessinée d'origine.
Les gags que j'avais lus ça et là m'avaient impressionnés par leur drôlerie. À la lecture du recueil, j'ai fini par trouver les procédés de Gauld fort répétitifs (schémas ; listes ; une pointe d'absurdité) et son univers mental très référentiel à base de science-fiction et de littérature classique un peu trop limité. De l'humour pour profs/intellectuels de gauche : conditionné, je ris, tout en admettant les limites du genre.
Petit recueil de gags willemiens parus lors de l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2002-2003. Pas révolutionnaire, mais pour du dessin d'actualité, ça n'a pas tant vieilli que ça, et l'histoire titre (seule bande dessinée de l'ouvrage) est plutôt drôle dans ses exagérations.
Une nouvelle revue critique qui devrait être publiée annuellement par le festival BDFil de Lausanne pour développer les auteurs et séries abordées par les expositions. Un dossier sur Pierre Strinati, pionnier de la critique dont je n'avais jamais entendu parler, quelques articles sur Blutch augmentés de nombreux dessins inédits, une série de témoignages et d'hommages dessinés à Maickey, et des articles variés sur la bande dessinée suisse. Intéressant.
Lentement, je commence à apprécier l'humour de Kamagurka, recommandé par tant de personnes de confiance, mais je continue à le trouver très inégal. Ici, autour du thème classique du quadragénaire misanthrope un peu beauf vivant avec son chien (ce qui limite la portée satirique du recueil), quelques pages très drôles (les variations autour du lancer de bâton), beaucoup d'autres très oubliables, avec un humour parfois quasi cauvinien.
Recueil d'histoires courtes de Jack Raynal alternant potacheries oubliables dans l'esprit Fluide glacial traditionnel (« Avant tout, buter Columbo », « Zorro contre Adolf Hitler »), récits parodiques à l'humour un peu poussif (« Non aux mines anti-personnel dans l'entreprise », « Qui est la corbeau ? ») et quelques histoires plus intéressantes concernant le paranormal (« Quelques esprits frappeurs », « La Bête qui mangeait le monde ») où le style elliptique et froid de l'auteur est beaucoup plus convaincant.
La narratrice fait le portrait de sa famille sur plusieurs décennies en centrant chaque chapitre sur un de ses proches à une époque différente, de la petite sœur au papa brutal mais aimant. Déjà vu, mais comme c'est finlandais, je suis bienveillant. |
 | | lldm, 08.02.2016 à 22:16 | 361501 |
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1) Comme chaque année, je passe prendre la dernière production du frère Thierry de Bethune ; pas grand-chose cette année - un simple jeu perpétuel sur une carte postale, entre le recto et le verso - en attendant avec impatience le grand oeuvre de l'année prochaine dont notre bénédictin de génie, moins congelé que l'année dernière (on lui a fait une place à St Martial, nettement moins jolie mais mieux chauffée que la cathédrale), m'a montré le prototype : un plateau de jeu narratif, avec des dés verbeckiens proposant une double lecture des figures dessinées. (vhttp://www.du9.org/chronique/frere-thierry-de-bethune-oeuvres-completes/)
2) et 2b) Ami de Musturi auquel par bien des aspects il renvoie (violence des masses de couleurs arbitraires, confuses, destructrices d'espaces, obscénité des corps traités commes des poches ventrues en voie de crevaison), Benjamin Bergman présente dans cette série de livrets - ici « Trolls » III et IV - publiés par Kutikuti des récits de genre (des histoires de trolls, donc) terriblement malades, « hideusement beaux », qui hantent l'esprit dès qu'on les as refermés, comme une valse de phosphènes entêtants derrière des paupières. La raison chancèle à suivre ces histoires dont le déroulement est un paradoxe, visiblement linéaire et pourtant incompréhensible, aux objets fuyants, aux enjeux insaisissables. Il me faut vite les deux premiers volumes! https://kutikutisf.wordpress.com/category/news/
3), 3b) et 3c) Un festival spécial Léo Quiévreux :
- un beau livre sérigraphié du Dernier Cri, « Cocaïne 14 », dont les pliages savants en panoramas imbriqués donnent l'impression d'une lecture infinie nichée dans les plis d'un carnaval d'hybridations. Une retenue bienvenue des gammes chromatiques ( une bichromie rose et bleue et une trichro plus froide) et un très riche éventail graphique étendu entre le mécanique des trames et les filets nerveux de la plume.
- « Anyone 40 », chez Arbitraire ; sous une couverture sérigraphiée, un grand cahier bleu layette saturé de cut-ups, de samplings, tissu troué, déchiqueté, rapiécé d'histoires cousues ensemble par un frankenstein scopique particulièrement dégénéré. Tout argument narratif n'est convoqué que pour être illico refoutu à la porte.
- Et enfin, le gros «Programme immersion» très impressionnant sorti chez Matière, dont je ne vous dis rien de plus que ceci: lisez Leo en parler dans le septième numéro de Pré Carré ! Amen.
http://www.lederniercri.org
http://www.arbitraire.fr
http://www.matiere.org
http://precarre.rezo.net
4) et 4b) Jeff Goarnisson, « le flip de Paris », publié par Ab Irato, la maison d'édition de Barthelemy Schwarz et Eve Mairot qui produisent depuis le début des années 90 toutes sortes d'objets éditoriaux qui s'indéfinissent en diaprant les nuances supposées tranchées des espaces poétiques et politiques (dont la très chouette revue « L'échaudée *»). Ce « Flip de Paris » est une de ces zones de transit éditorial sur fond d'autobiographie. Les questions que s'y pose l'auteur me sont complètement étrangères (un rapport historicisé à la modernité et à l'art et la constitution de soi devant leurs figures principales), mais le mode narratif et les procédés plastiques qui le composent établissent un lien charnel évident avec les références qui en sont le fond (surréalisme, lettrisme, situationnisme).
* L'échaudée (4b) mérite le détour ; cette revue accomplit sans collure apparente cette hybridation nécessaire entre les champs du politique et du poétique en les tenant pour un seul et même problème, celui de l'utopie en marche, comme ils furent autrefois unis dans l'extraordinaire magazine « Le fou parle ». Une réponse à l'écueil des revues militantes et de leur manque d'imagination. N'attendez pas de la trouver dans un kiosque, la revue est hélas trop discrète, commandez-la sur le site : https://abiratoeditions.wordpress.com/category/lechaudee-revue/
5) Dernière publication de la riche collection Ion que Benoit Préteseille a ouvert au dessin depuis six ans, ce « Renaissance » de Claude Cadi désarticule, dans une bichromie bleue et dorée comme un maphorion, quelques tableaux flamands et italiens emblématiques des XVe et XVIe, allant de fragments de la bataille de San Romano à la Babel de Brueghel en passant par Fra Angelico ou Bosch. Je ne sais pas encore ce que j'en pense, je réserve mon avis pour une prochaine fois, mais disons au moins que ça me laisse perplexe, ce qui n'est pas tout-à fait rien.
http://ionedition.net/
6) « Flugblatt #1 » La bande dessinée n'a été inventée un jour par Töpffer que pour venir s'échouer un jour chez Bertoyas et s'y autodétruire en beauté ; presque tous les livres sont inutiles à côté de ceux-là.
Dans ce dernier opus Kobé (ses propres comics autopubliés), Bertoyas revient aux déréglements graphiques violents de ses premiers récits, après une série de livres plus homogènes plastiquement, et plus linéaires (Nicy, Parzan, Norak) ; ici, les fuites graphiques, bavochures, patouillages dégueulasses, caviardages de tout poil ont repris leurs droits pour accompagner un récit bousculé qui s'offre le plaisir des digressions à la Sterne dans un espace pourtant extrèmement court. On oublie souvent, par paresse, par désir de ranger son travail dans les cordes rock'n'roll de cette connerie d'underground, de souligner combien le travail de Bertoyas est soutenu par des enjeux politiques et esthétiques puissants. Ce dernier Bertoyas est un doux rappel.
http://kobeblog-bertoyas.blogspot.fr/
7) Clément Vuiller, « Canicule » : qui ne s'agace pas du chichi des livres et de la course aux effets de luxe, de pliages savants, de matériaux divers, purement décoratifs et tape à l'oeil ? Le livre de Clément Vuiller, modestement, arrache le pliage en accordéon à ses effets de mode pour en faire le mouvement le plus hypnotique et multiplement signifiant qui puisse accompagner un incendie dont la croissance et la dévoration sont tout le récit de ce livre.
http://www.3foisparjour.com
8) Dernier volume de l'énorme revue annuelle de Hoochie Coochie avec, comme toujours, plein de très belles choses à son menu, et bien peu de déchets. « Turkey Comix » reste la plus chouette revue française de bandes dessinées (je n'ai pas encore pu lire le dernier numéro de « Nicole », dont le premier volume m'avait vraiment beaucoup plu l'année dernière, et qui pourrait être la seule concurrente sérieuse - et donc stimulante - à T.C.) Un envoutant petit Vanoli sur St Jérôme, une très jolie fable cruelle de Yoann Constantin, un brouillard absorbant de Thomas Gosselin, une brillante série de pages de Mazen Kerbaj, et parmi les petits nouveaux qui apparaissent régulièrement dans Turkey magazine, des pages étourdissantes de Largier, un récit de Loïc Gaume entre cartographie et plan, des planches arides, tranchantes, de Noémie Lothe. Je finirai en soulignant les pages de Odo Barrio et Barbara Meuli dont je découvre le travail et celles (enfin imprimées ailleurs que dans sa cave) de Lucas Taïeb.
9) Idir Davaine, « Cavale » : quand on voit les efforts développés par certains pour produire des formes de narration qui se vendent pour minimalistes quand elles ne sont que paresseuses ou pauvres, on est émerveillé par la capacité de ce petit livre à atteindre aux fondamentaux du récit en affirmant, pourtant, s'y soustraire : Idir Davaine dit que, depuis quelques temps, il ne fait que des peintures et plus des bandes dessinées. Pourtant ce ne sont pas les murs qu'il choisit pour elle, des formats hétérogènes, des espaces distendus, mais un livre, qui les rassemble dans une échelle commune pour le regard, les lie linéairement par la collure des pages. Et apparait le récit, richement, visiblement, sans aucun doute.
http://www.3foisparjour.com
10) Copieuse, belle, toujours suprenante, en couleurs, c'est encore un magnifique numéro de Mekanik Copulaire, la revue incroyable de Bill Noir, qui n'en finit pas de démontrer par les rencontres qu'il nous offre que le collage est tout sauf une discipline du passé.
http://www.mekanikcopulaire.tumblr.com/
11) Pionir : épaisse revue croate anglophone visiblement destinée à présenter les auteurs de ce collectif (mais est-ce vraiment un collectif?) ; j'en retiens pour l'instant surtout le travail de Bernharda Xilko ( http://www.krekhaus.com/ ), faute de pouvoir m'enquiller autant de pages en anglais et d'en avoir compris clairement la nature et les enjeux.
12) Si « Quoi de plus normal qu'infliger la vie? », de Oriane Lassus, traite d'un sujet d'une banalité épuisante - le désir d'enfant - c'est en revanche d'un point de vue libérateur et rare qu'il l'aborde, taillant une route transversale dans le paysage obsessionnel qui crispe une société entière sur le sacre de l'enfant et la procréation. L'enfantement comme horizon de toute vie accomplie et le pédophile comme croquemitaine occupant tout l'espace de la hantise sociale, sont les deux facettes d'une même idée fixe infantile généralisée. Se soustraire au petit cirque généalogique coûte cher, tous ceux qui ne veulent pas d'enfant en connaissent le prix ; il n'y a pas un péquenaud qui ne se sente légitime de donner une leçon de morale et de vie à qui ne veut pas, comme lui, sanctifier le jeu grotesque de papamaman. Oriane Lassus parvient à écrire un livre déclaratif, positionné, sans produire un système surplombant, sans bousiller le travail du récit et de sa diversité. Exercice périlleux que celui de dire quelque chose de précis sans étouffer la narration sous la ligne droite du discours énonciatif, auquel elle parvient à trouver pas à pas une voix intéressante, par une sorte de pointillisme des situations, des voix, agencées dans une belle polyphonie. Un excitant livre Arbitraire sous une jolie couverture de carton gris sérigraphiée.
13), 13b) et 13c) Je ramène trois merveilles de Loïc Largier cette année, un travail de longue haleine que je défend partout où je le peux depuis la découverte de « Des combats » à la fin de 2012 (mis en ligne dans le Terrier à cette période ici http://www.le-terrier.net/largier/index.htm, et dont nous attendons avec impatience désormais la publication sur papier qu'il mérite par les jeunes éditions Adverse).
À partir d'un processus très rudimentaire de citations morcelées, en couches, en juxtapositions, imbrications, Largier compose pas à pas, en se renouvelant continuellement (ce qui n'est pas la moindre des surprises que réserve son travail) une sorte d'archéologie vivante de la bande dessinée, équivalent, dans notre discipline, des « Histoire(s) du cinéma» de Godard.
Parmi ces trois livres de mes emplettes, une tentative étrange, très différentes des autres livres de L. Largier, un drame amoureux par le dessin, au cours duquel la question du changement formel est soumise à des déréglements minimaux (redessin quotidien, altération de la reproduction d'un même dessin, croissance graduelle d'un autre).
https://www.flickr.com/photos/loiclargier/
http://www.revue1-25.com/
14) Mythique revue de la fine fleur des auteurs finlandais, Kutikuti a déjà atteint son 35ème numéro. Allelujah! Je ne vous fais pas l'affront de vous la décrire, mais je peux vous évoquer le deuxième étrange journal distribué cette année par l'équipe de Kutikuti :
14b) Avec des traductions en finnois et en anglais, ce grand format présente quelques planches du « Fabulas Panica » de Jodorowski qu'il dessinait dans les années 60 ( http://fabulaspanicas.blogspot.fr/). Ses planches personnelles, pour le peu que je comprends des textes (posés sur la pages en espagnol, langue que je ne parle pas), sont sensiblement de la même farine que ses films, souffrant des mêmes défauts et présentant à peu près les mêmes qualités. Qu'il s'agisse des textes paniques coincés quelque part dans un post surréalisme juvénile embarrassant (« Les araignées sans mémoire »), des grands films («El topo»), des films péniblement hystéros («Santa Sangre») ou des scénarios de bande dessinée, Jodorowski se tient toujours tendu dans un mouvement contradictoire : entre la nullité philosophique et les intuitions géniales, la bouillie syncrétique et les raccourcis conceptuels féconds, la bêtise expressionniste et les fulgurances poétiques, le travail de Jodorowski me navre plus souvent par ses clichés psychologisants, sa quincaillerie ésotérique, qu'il ne m'emporte par ses indéniables inventions, notamment dans le domaine de la SF. C'est souvent très con, parfois très beau, toujours fumeux et confus, mais les lecteurs de bandes dessinées, je crois, lui doivent tous quelques précieuses illuminations.
15) « L'avis des bulles », revue de chroniques consacrée aux bandes dessinées et à destination des médiathèques. Cette année, des exemplaires ont été mis à la disposition des éditeurs sur les stands. Pas mal fichue du tout (difficile d'en dire plus, sa destination même exige d'elle une ouverture à laquelle je n'aspire évidemment pas pour mes propres lectures, mais les textes sont mieux étoffés que ceux de la plupart des revues critiques qu'on trouve en kiosque ou en ligne).
http://avisdesbulles.com/
16) Un bon numéro de Gorgonzola, la revue de l'Égouttoir, avec Léo Quiévreux, Baladi, Turunen, Mancini, une belle lecture du Week-End de Godard par Pascal Tessier et un dossier consacré à Malher. Ayant mis très longtemps à trouver sa forme, Gorgonzola devient depuis quelques numéros un fanzine qui se tient vraiment, autant par la régularité de certaines participations qui lui donnent sa couleur personnelle que par la volonté de s'ouvrir à des dossiers thématiques (Imagex, Poirier, Malher). Ça me fait mal au cul de dire du bien de ce casse-burnes de Maël, mais son insistance est porteuse et son fanzine réussi. On attend le 22 avec impatience.
http://legouttoir.free.fr/
17) Il nous est toujours trop rarement donné de voir l'étendue et la richesse du travail plastique et narratif de Matti Hagelberg, encore trop peu connu et publié en France ; ce gros volume publié à l'Association (le sixième qu'il publie chez eux après ses publications françaises au Dernier cri) rend la justice qui s'impose à cette merveilleuse machine de mélancolie ravageuse, la terrible machine Hagelberg, et à la diversité de ses modalités graphiques et compositionnelles. « Silvia Regina» est le genre de livre qui déjoue à chaque lecture l'impression qu'il vous avait laissée à la précédente et qui justifie pleinement l'abattage massif d'arbres centenaires, l'usage de colle toxique, de film plastique imputrescible et d'encre cancérigène pour encombrer votre bibliothèque du compagnon à vie de votre dépression.
18) (et dessous, 18b) Deux petits fascicules de Antoine Marchalot dont l'humour branque déjoue complètement les frontières entre raffinement et lourdeur, entre poème et blague, et également entre bouffonnerie et tragédie. « La chambre 14025 » est assez exemplaire de son aptitude à foutre en l'air jusqu'a notre rapport au dessin, par un usage incongru des effets informatiques. Il conduit cette incongruité jusqu'à la beauté aussi certainement qu'il conduit le nonsense dans des franges inattendues du drame. Encore une publication Arbitraire, dont les lignes de force éditoriales ne cessent décidément de s'accentuer par leur exigence.
19) C'est peu dire que d'évoquer la variété et la singularité des publications de Hécatombe ( http://hecatombe.ch/blog.php ); du récent collectif consacré au film « Undergronde » qui rassemblait positions et expériences personnelles en bandes dessinées jusqu'aux merveilleux livres uniques sérigraphiés à la racle de Thomas Perrodin, en passant par ce volume D du fanzine carré, consacré à la bande dessinée abstraite, le travail éditorial de Yannis la Macchia et de ses collaborateurs est une source de surprises et de joies. C'est à l'explosion des sillages de lectures à la surface d'une page que se livrent Thomas Perrodin, Ibn Al Rabin et Yannis la Macchia lui-même. Un très beau volume dont l'expérience de lecture enivre vite.
http://unfanzine.com/un-fanzine-carre-numero-d/
20) et 20b) Le travail de Paul Creus, publié par les jeunes éditions Proche, est ma plus jolie découverte de ce festival. Il y a quelque chose de profondément déréglé et de beau aux mondes de ce « Trucs & Tricks » qui emprutent à la physique des particules leurs notions et leurs catégories, jusqu'au mode de dessin aigrelet des schémas : c'est à leur prétention à résoudre toute ambiguïté que Paul Creus doit, parce qu'il ne cesse de s'y soustraire dans des dégagements poétiques et burlesques, la force de son magnifique petit livre.
Le second volume, consacré au caillou, confronte l'amateur de dessin au vertige métaphysique quotidien du dessinateur que hante la représentation de l'amorphe, de l'indécidable, de l'indéfini. Damisch nous avait donnée une théorie du nuage, Paul Creus nous offre une éthologie du caillou. Je regrette seulement le prix légèrement exagéré des publications Proche qui me prive du plaisir de vous parler du troisième livre de Paul Creus.
https://www.facebook.com/editionsproche/
21) Scalp : voici la dernière production de Thierry Bourgallé (Factotum) qui propose, en regard du travail maniaque d'ingénierie éditoriale auquel il s'adonne expérimentalement pour « Prurit » (trois numéros à ce jour, graduellement de plus en plus invraisemblables), ce fanzine rudimentaire, petit A5 agrafé et photocopié. La seule coquetterie qu'il s'autorise est le travail de ronéo de la couverture, derrière laquelle s'enchaînent quatre récits, quatre feuilletons qui s'ouvrent (Aurélien Leif, Noémie Lothe, C. de Trogoff, L.L. de Mars). Prix libre, site en rade (http://www.terricole.fr/), pas de distribution ni de salons, on peut dire que ce garçon est aimanté par la réussite sociale.
22) Le festival est aussi l'occasion de découvrir deux de mes propres bouquins que je n'avais pas encore eus entre les mains : « Le secret », publié à la cinquième couche, qui aura comme à peu près tous mes livres connu de si longs déboires avant de devenir un objet de papier que je ne sais même plus quoi en penser, et le travail commencé en 2012 lors de la session Kibboutz filmée ici : https://vimeo.com/74977262 , sur les planches de Jack Kirby (23).
« Le secret » aborde d'une autre façon que « Docilités », plus carnavalesque, la vision politique qui se dessine entre mon affection historique pour le communisme familial et mon mépris sans nuance d'une de ses valeurs centrales, le travail. C'est une fable très littéralement hallucinogène, brodée autour d'une substance puissante sur les effets de laquelle repose une hypnose politique généralisée.
http://www.5c.be/
Quand au « Jack Kirby walked through broken porticoes », il s'agit d'un exercice de métastase, dont chaque planche prend pour objet un des multiples aspects de l'étrange monde plastique de Kirby, ouvre ses vannes, y greffe des cellules monstrueuses, laisse libre court à la pousse d'excroissances erratiques, malades, sur le papier.
http://adverse.livre-avenir.org/#jack-kirby-ll-de-mars
23), 23b) 23c) et 23d) Naissance des éditions Adverse, qui publient ce « Jack Kirby walked through broken porticoes » . Alexandre Balcaen — dont les lecteurs des éditions Hoochie Coochie savent ce qu'elles lui doivent d'ouverture à des mondes insoupçonnés de la bande dessinée (Danko, Bicéphale, Hagelberg, Muzotroimil, Bertoyas, Varlez etc.) — lance sa propre maison d'édition ; l'assurance de voir son entreprise marquer le même goût pour la singularité et les expériences limites est appuyée par la formulation très claire dans un « Manifeste » ( http://adverse.livre-avenir.org/#manifeste-des-editions-adverse ) de l'horizon éditorial visé ainsi que le désaveu d'une grande partie des pratiques actuelles de l'édition. Je ne connais encore de ce manifeste que sa première courte moûture, publié dans Pré Carré 5, mais j'aurai sûrement l'occasion de vous en recauser dès que j'aurai lu cette version nettement enrichie. Cette première salve de livres Adverse élargit l'horizon de lecture du travail de Guillaume Chailleux : à la série des petits gaufriers carrés de « Tricoter » (Pré Carré), ce « Fils » ajoute des compositions dépliées étonnantes, tryptiques de planches savantes qui exposent comme rarement toute la richesse qu'offre la bande dessinée par la croisée de lectures tabulaires et linéaires dans le même espace.
24) Ma première leçon de norvégien. Déclinaison narrative suprenante du principe de l'imagier, « Omrokering » est fait de telle façon qu'il est à peu près compréhensible par n'importe quel lecteur du monde ; c'est le principe même d'association d'une forme, d'un objet, à un mot, qui produit un comique à la fois subtil et lumineux ouvrant à une douce mélancolie domestique. L'univers graphique est homogène à ce jeu pédagogique et emprunte aux perspectives cavalières et aux plans de montages son univers de formes simples articulées.
http://www.jippicomics.com/
25) Le O de « Obi » fait le trou noir de ce livre, publié à la cinquième couche, dans lequel s'engouffrent toutes les tentatives de parler : Sophie Telen met en pages cet étrange mouvement par lequel, autour d'une expérience personnelle, toute tentative de description, d'élucidation, est vaine, ridiculement impuissante à rendre compte de la complexité d'un monde, d'un couple, d'une histoire. Les pages sont tiquetées de perforations noires qui sont autant de points sur lesquels vient bégayer un récit qui n'en finit par de se retenter, de partir d'ailleurs, d'un autre moment, d'un autre point de vue, depuis toutes les origines possibles pour aborder son objet, sans qu'aucun mouvement ne puisse s'achever. Récit d'une précieuse déception.
26) L'année dernière, je vous parlais de ma joie à découvrir le « Belvédère » de Luca Retraite et Fabio Viscogliosi ; hé bien les éditions Gargarismes ont la bonne idée de publier cette année un deuxième volume de ce travail envoûtant.
https://gargarismes.com/
27) Biscoto : un exemplaire opportunément oublié sur leur stand de ce très chouette journal pour les lardons de Suzanne Arhex et Julie Staebler me le fait découvrir dans les détails. Mensuel, thématique, c'est joli, c'est drôle, c'est pas con loin s'en faut, c'est pas nunuche, c'est varié, on s'étonne qu'une entreprise aussi peu calibrée et réussie arrive à son trente-cinquième numéro sans que son existence ne fasse plus de bruit. Enfin, on s'étonne... Pas vraiment en fait... Si les bonnes choses soulevaient l'enthousiasme des foules, ça se saurait.
biscotojournal.com/
Un second magazine destiné aux adultes et consacré à la poésie est publié par la même équipe, mais je n'arrive pas à foutre la main sur l'exemplaire qui m'a été gentiment donné et, du coup, je ne pourrai rien vous dire pour l'instant sur Jelly Rodger...
28) MLQ (Mon Lapin Quotidien). Ce journal, ici présenté sous la forme d'un appel aux rédacteurs, pourrait bien être la prochain forme de Lapin, la revue changeante (formellement) de l'Association. Il s'agirait d'un trimestriel de 32 pages, en noir et blanc, dans lequel des auteurs réguliers viendraient occuper des espaces précis sous la forme d'une rubrique personnelle, textuelle, dessinée, bandessinée.
29) « Bathroom » : un très joli livre de Maï Li Bernard, dans ses propres micro éditions, mettant en scène le dégré 1 de toute narration, la croissance d'un état A à un état B ; doubles pages dont le récit formel est celui d'un collage de papiers découpés en cours, dont la page de gauche est à la fois le squelette (la première découpe de papier, visible dans le résultat) et l'origine (le premier état). Indéniablement de la bande dessinée.
http://sempiternellesritournelles.blogspot.fr/
http://mai-li-bernard.tumblr.com/
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 | | Anoeta, 07.02.2016 à 16:17 | 361488 |
|  |  | Aja fait son Chris Ware dans une série meanstream. Pour moi, le meilleur numéro de la série (pour l'instant) |
 | |  |  | c'est l'histoire d'un gentil petit couple de retraités.
Des gens simples qui se sont retirés dans un petit cottage de la campagne anglaise.
Leur petit nid est un peu isolé, mais ils sont heureux.
Tout serait si, au loin, il n'y avait pas cette menace de guerre.
Heureusement, ils ont la brochure commodément éditée pour faire face à une éventuelle attaque nucléaire
Comment créer un abri.
Comment l'amménager.
Comment organiser la survie dans les 14 jours suivant l'attaque.
Ils se lancent donc dans les préparatifs, un peu inquiets. Mais aussi animés par une étrange excitation devant ce qui pertube leur routine. C'est bien beau de peindre les fenêtres en blanc pour repousser la chaluer, mais il ne faut quand même pas tâcher les rideaux. Et pas question d'utiliser les beaux coussins du salon pour l'abri.
Pëndant ce temps, au loin...
Ils seront prêts, nos gentils retraités, qui se rappellent du blitz, confondent les boches et les russkofs, qui espèrent que leur grand garçon sera à l'abri
Et puis...
C'est à ma connaissance le seul livre pour adulte réalisé par ce spécialiste des livres pour la jeunesse. Il s'attaque à la peur nucléaire, mais adopte un angle original. il se met à hauteur des gens les plus simples qui soit. Ils ne comprennent pas grand chose, affichent bien un patriotisme de façade, mais bien maladroit et peu convaincu. Ils ne sont en rien concernés par ce qui se joue au dessus de leur tête, mais seront en première loge. Pour eux, tout n'est qu'un petit jeu un peu absurde, qui implique de construire une cabane en attendant des jours meilleurs, tout en gardant une foi inébranlable en l'avenir. Tout cela n'est qu'un mauvais moment à passer, mais tout reprendra comme avant. C'est ce qui est arrivé après le Blitz. Ce sera pareil.
Une parenthèse désagréable...
S'ils savaient...
Raymond Briggs a traduit la petite routine de ses héros dans des pages chargées de petites cases remplies de dialogues qui traduisent en permananence toute la complicité qui peut lier un vieux couple, qui s'aime autant qu'il s'agace gentimment. Une vie de petits riens, de répétitions, d'instants partagés, par oppostion à quelques doubles pages oppressantes qui illustrent le compte-à-rebours inéluctable ou pour illustrer la compréhension très déformée des événements par le couple Boggs.
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 | |  |  | On pense à Moebius, au désert B. On pense aussi à Stéphane Levallois pour le trait. Puis a Peter Chung pour ses longues silouhettes et ses séquences absurdes à la Aeon Flux.
Cette anthologie reprend des récits plus ou moins longs, essentiellement muet (à l'exception de 'the marble man') qui se déroulent invariablement dans un univers dévasté, désert post-apocalyptique dans lequel Lando fait errer ses personnages, à la poursuite d'un but absurde et dérisoire.
Livre étrange, hynotisant par moment (the pyramid scheme est très réussi) mais qui ressemble plus à un execice de style. Il faut être réceptif pour l'apprécier. |
 | | NDZ, 29.01.2016 à 11:06 | 361395 |
|  |  | | Pierre : |
Très intéressant ! Dommage que l'analyse ne soit pas prolongée sur davantage de planches. |
J'ai enfin lu le texte de Docteur C. sur Arsène Schrauwen paru dans Pré Carré 6 (mis en attente, pour l'après-lecture de la parution française). Encore de belles pistes pour une analyse encore plus fouillée de cet excellent ouvrage... car le texte de DrC est assez court, en fait (les notes prennent de la place). |
 | |  |  | cela faisait un moment que je voulais relire ce livre. Je ne me rappelais plus trop de quoi il parlait. Je me rappelais essentiellement du fait qu'il s'agissait d'une des rares bandes dessinée indiennes traduites en français. L'auteur a d'ailleurs signé ce qui est considéré comme le premier roman graphique indien. Il s'agissait de son livre précédent, corridor.
Quid de de Calcutta ? Dépasse-t-il la simple curiosité ?
A la relecture, sans le buzz autour de l'origine de ce livre, il reste un récit un peu confus et pas toujours maîtrisé, mais qui ne manque pas d'idées.
Il est difficile de le résumer, parce qu'il se perd dans de nombreuses digressions qui semblent parfois inutiles. Qu'essaye de raconter son auteur ?
Le récit s'articule autour de Pablo, Indien installé à Londres qui revient à Calcutta suite à la mort de son grand père qui, entre autres, lui aurait légué un livre: les tribulations du chat huant, un livre qui se révèle d'une valeur inestimable. Pablo, venu prendre possession de son héritage, découvre que celui-ci a été donné à l'une des connaissances de son grand père et tente de le retrouver. Il est aidé par Digital Dutta, voyageur immobile qui connait calcutta dans ses moindres recoins.
A moins que le recit ne se construise autour de Calcutta, ville étonnante marquée par la coexistence des traditions indiennes et la domination anglaise. porteuse d'une double-culture.
Et si la vraie signification du livre se cachait dans la personnalité du narrateur de ce livre ? On comprend assez vite qu'il s'agit du Juif Errant, dqui semble avoir échoué il y a bien longtemps à Calcutta... et si ce chat-huant était en fait le juif errant ?
Plusieurs point d'entrée et un sentiment de fouilli; On se fait balader entre petites anecdotes, rencontres absurdes, mélange de quasi reportage et scènes plus allégoriques. On se perd. mais si, parfois, se perdre est en soi une destination, un plaisir en soi, ce n'est pas le cas dans Calcutta, qui manque de cohérence. Intéressant, curieux mais pas tout-à-fait réussi. |
 | | NDZ, 19.01.2016 à 22:42 | 361021 |
|  |  | | [chroquettes : album sans vignette] Je ne savais pas qu'il y avait ça de prévu... chez Fluide ?? :) ça fait du bien de retrouver une voix, même si c'est un recueil et qu'il y a des écueils inhérents à ce type de livre (hétérogénéité, des hauts et des bas, un rythme bancal). |
 | | NDZ, 15.01.2016 à 20:43 | 360944 |
|  |  | Là où les potacheries de Joe Daly dans Dugeon Quest me barbent sur la longueur, ce bonbon punk a-ci-colesent me ravit en tout point. On imagine facilement que l'auteur nous a refait ici son adolescence de binoclard boutonneux fan exclusif de Tolkien, à grand coups de crayons rageurs... et on s'en moque. Les personnages sont improbables dans leurs outrances et en même temps, on y croit. Réécrire l'histoire du punk au travers de cette expérience de boîte avant gardiste perdue au fin fond du trou du cul US c'est peu banal et c'est un régal. L'auteur nous fait les témoins de son dépucelage des oreilles et d'ailleurs sans sombrer dans la nostalgie bêtasse d'autres. Il s'imagine en punk rock d'un instant mais autrement plus d'énergie que la fait Killoffer et il finira comme toutes les grandes star, dont Justin Bieber. Remarquable. En même temps, avec une bande son comme cela, je ne vois pas comment on pouvait se rater... quoique, parfois, Menu est limite chiant avec une bande son impeccable... Je m'en vais lire la suite et je me dis: que mes comparses bulledairiens à forte bullaffinité avaient raison! |
 | | chrisB, 15.01.2016 à 13:35 | 360934 |
|  |  | | Thierry : | Je vais oser une comparaison sans doute un peu ridicule, mais il y a une approche qui n'est pas sans rappeler Amélie Poulain |
Aiiee, le bouquin aurait pu m'intéresser :) |
 | | Pierre, 15.01.2016 à 11:10 | 360923 |
|  |  |
Très intéressant ! Dommage que l'analyse ne soit pas prolongée sur davantage de planches. |
 | |  |  | Enfin lu ce livre de Zeina Abichared. Je l'avais offert à ma chérie, me disant quie le sujet et l'approche graphique devrait lui plaire. En effet, elle a aimé.
Je n'en avais jamais lu moi-même. Premier essai donc.
Le Piano Oriental est le récit croisé d'une double-culture.
Celle du grand-père de Zeina, qui rêvait de mettre au point un piano qui permette de jouer la musique orientale (qui réclame des quarts de ton là où le piano ne permet que les demi-tons, je suis une buse en musique, j'avoue) et celle de Zeina, qui a grandi dans cette double identité libanaise et française, mélant langues, traditions, habitudes arabe et française.
Le fond reste relativement léger, mais Zeina Abichareb réalise des pages remplies de petites idées, mélant dessin et texte, représentation métaphoriques, enluminures... qui rendent son livre délicieusement rafraichissant. Il y a de jolies choses, même si le livre est un peu trop long à mon gout. Il n'y a rien de révolutionnaire ni de particulièrement original, mais un bel équilibre pour un livre chaleureux et joli. Je vais oser une comparaison sans doute un peu ridicule, mais il y a une approche qui n'est pas sans rappeler Amélie Poulain: une histoire simple mais emballée dans un curieux mélange de bons sentiments, de friandises visuelles, de brics et de brocs qui constituent univers visuel séduisant, témoin d'un monde fantasmé (le Beyrouth d'avant la guerre civile) qui inspire la nostalgie.
C'est très joli, et c'est déjà bien. |
 | | NDZ, 13.01.2016 à 11:42 | 360888 |
|  |  | | Pierre : | 
Arsène Schrauwen donc. Etonné de ne voir aucun avis sur cet album visiblement aussi bien placé dans le futur palmarès des Bulles d'Or. Je l'ai donc lu le weekend dernier. Je jette ces réflexions rapides.
Autant commencer par les quelques réserves que sa lecture a suscité chez moi: elles tiennent essentiellement à la forme. Il y a un procédé de distanciation mis en oeuvre qui m'a un peu agacé dans la typographie, avec ces accidents de composition (mots décentrés, floutés, semi-effacés, mal alignés...) rappelant les supports de publication bon marché de la bande dessinée d'avant-guerre (voire d'après). Je crois discerner à peu près où se situe l'intention, à l'ère du numérique et de ses prouesses mais cela m'a semblé une posture, un effet un peu artificiel. Un autre aspect, est l'utilisation du flou partiel sur certaines images, notamment les arrières-plans, qui heurte quelque peu mon sens esthétique. Encore, dans l'impression des vignettes, l'alternance du rouge et du bleu ne semble pas répondre à une logique interne mais plus au bon vouloir de l'auteur (à moins que je sois passé totalement à côté d'une clé de lecture).
Cela étant dit, j'ai eu l'impression d'avoir affaire-là à une entreprise artistique hors norme, d'une grande liberté formelle et d'une grande richesse de sens, en un mot une oeuvre ouverte ... Ce projet d'édification d'une cité idéale dans la jungle (et son échec) qui sert de trame n'est pas l'aspect le plus profondément original, c'est plus un prétexte, un moteur pour faire avancer l'action et mettre le héros en situation. A la fois biographie imaginaire (le narrateur est l'auteur qui énonce "mon grand-père", celui-ci étant à deux ou trois exceptions notables mis en scène tout au long du récit), roman d'apprentissage ou d'initiation (d'un homme-enfant et son passage vers l'âge adulte), rapport d'une expérience intérieure celle d'un occidental plongé dans un cadre inconnu qui met à mal sa santé psychique, exploration d'un imaginaire colonial hérité, projection dans le roman populaire et ses mythes, ses croyances et ses peurs tenaces (voir à cet égard les "vers éléphants" symbole de la contamination, et les hommes-léopards métaphore possible de la peur des relations interraciales et de la part sauvage de l'homme) ... Le bilan de l'expérience est contrasté pour le héros qui, s'il est devenu homme en affrontant symboliquement la forêt, n'en n'a pas moins été le jouet d'une sorte de conspiration (voir le retour à l'ordre qui suit son Aventure). On peut retenir aussi ce souci de traduire au plus près l'expérience sensitive, en recourant aux figures de rhétoriques, à la fois dans la narration ("si Arsène avait été un chien, il aurait...") et dans le dessin (illustration "au pied de la lettre" des images évoquées dans le texte). Réduire cette oeuvre à sa dimension critique et ironique quant aux archétypes de l'homme occidental serait lui dénier tout ce qu'elle a de beau, d'irréel, de sensible et d'émouvant en ce qu'elle respecte, sans jamais l'accabler d'un rire sarcastique facile, jusqu'au bout la naïveté de son étrange héros dans lequel peut se projeter le lecteur si averti du XXIe siècle. |
Merci Pierre pour ce texte. ICI un embryon de réponse quant à l'utilisation des couleurs... |
 | | NDZ, 12.01.2016 à 11:37 | 360858 |
|  |  |  Véritable coup de coeur de toutes les têtes blondes qui m'entourent (les gros lecteurs en parlent et en rêvassent autant qu'ils le font avec Star Wars). Oui, on a l'impression d'être face à un anime en BD, un vrai bon blockbuster, leur mix XXIème de "De la Terre à la Lune" et de "Seul sur Mars"/"Gravity". Toutefois, c'est ultra-trop-référencé pour des pré-ados, les ellipses sont parfois ardues, le rythme, les tournures de phrases et le scénario ont parfois (souvent) des ratés ou des saccades qui déroutent ou font perdre le fil. On a au final un truc efficace, qui a du souffle et qui fait rêver... mais combien auront été laissés sur le bord du chemin par ce truc pyrotechnique, flamboyant-pompier, ni exigent, ni populaire. Du blockbuster élitiste ? Mon avis de lecteur ? y'a d'autres trucs à lire pour nous, moi j'ai fait l'effort pour en discuter avec ma fille et lui faire lire du Jules Verne :) |
 | | NDZ, 12.01.2016 à 11:25 | 360857 |
|  |  | Décevant. Car, contrairement à d'autres, le bouquin sur Bourdelle m'avait plutôt agréablement surpris. Là, las, on assiste à une p'tite paresse de Bézian, qui joue peu avec le format, là où Rabaté s'en était amusé et nous amusait. Un courant d'art qui fait pshitt alors que ça aurait pu être brillant et maths à la fois. |
 | | crepp, 11.01.2016 à 22:28 | 360852 |
|  |  | 
Le carnet à la base je n'en suis pas trop fan, mais là Pozla a fait une belle petite réussite.
Il raconte donc sa vie face à la maladie, mais il ne parle pas que de ça, il y a aussi les hôpitaux, la famille, et lui.
C'est drôle, touchant, dur aussi, la représentation de la douleur fonctionne fortement.
Il y a juste la fin qui tombe comme cela sans prévenir.
J'avoue aussi que je reconnais certaines choses dans sa description. Tout le début avec la fameuse phrase "c'est dans ta tête gamin c'est psychosomatique", je l'ai vécu avec mon garçon. Mon garçon a eu le même discours pendant toute son adolescence, et maintenant on comprend depuis 6 mois que toutes ses douleurs ne sont pas dans sa tête mais dans son "deuxième cerveau". On est juste à la phase de recherche pour le moment, mais ça c'est une autre histoire :o)
Bref 4 médicaments pour cette lecture. Et une place pour les Bulles d'or |
 | | Pierre, 11.01.2016 à 18:45 | 360850 |
|  |  | 
Arsène Schrauwen donc. Etonné de ne voir aucun avis sur cet album visiblement aussi bien placé dans le futur palmarès des Bulles d'Or. Je l'ai donc lu le weekend dernier. Je jette ces réflexions rapides.
Autant commencer par les quelques réserves que sa lecture a suscité chez moi: elles tiennent essentiellement à la forme. Il y a un procédé de distanciation mis en oeuvre qui m'a un peu agacé dans la typographie, avec ces accidents de composition (mots décentrés, floutés, semi-effacés, mal alignés...) rappelant les supports de publication bon marché de la bande dessinée d'avant-guerre (voire d'après). Je crois discerner à peu près où se situe l'intention, à l'ère du numérique et de ses prouesses mais cela m'a semblé une posture, un effet un peu artificiel. Un autre aspect, est l'utilisation du flou partiel sur certaines images, notamment les arrières-plans, qui heurte quelque peu mon sens esthétique. Encore, dans l'impression des vignettes, l'alternance du rouge et du bleu ne semble pas répondre à une logique interne mais plus au bon vouloir de l'auteur (à moins que je sois passé totalement à côté d'une clé de lecture).
Cela étant dit, j'ai eu l'impression d'avoir affaire-là à une entreprise artistique hors norme, d'une grande liberté formelle et d'une grande richesse de sens, en un mot une oeuvre ouverte ... Ce projet d'édification d'une cité idéale dans la jungle (et son échec) qui sert de trame n'est pas l'aspect le plus profondément original, c'est plus un prétexte, un moteur pour faire avancer l'action et mettre le héros en situation. A la fois biographie imaginaire (le narrateur est l'auteur qui énonce "mon grand-père", celui-ci étant à deux ou trois exceptions notables mis en scène tout au long du récit), roman d'apprentissage ou d'initiation (d'un homme-enfant et son passage vers l'âge adulte), rapport d'une expérience intérieure celle d'un occidental plongé dans un cadre inconnu qui met à mal sa santé psychique, exploration d'un imaginaire colonial hérité, projection dans le roman populaire et ses mythes, ses croyances et ses peurs tenaces (voir à cet égard les "vers éléphants" symbole de la contamination, et les hommes-léopards métaphore possible de la peur des relations interraciales et de la part sauvage de l'homme) ... Le bilan de l'expérience est contrasté pour le héros qui, s'il est devenu homme en affrontant symboliquement la forêt, n'en n'a pas moins été le jouet d'une sorte de conspiration (voir le retour à l'ordre qui suit son Aventure). On peut retenir aussi ce souci de traduire au plus près l'expérience sensitive, en recourant aux figures de rhétoriques, à la fois dans la narration ("si Arsène avait été un chien, il aurait...") et dans le dessin (illustration "au pied de la lettre" des images évoquées dans le texte). Réduire cette oeuvre à sa dimension critique et ironique quant aux archétypes de l'homme occidental serait lui dénier tout ce qu'elle a de beau, d'irréel, de sensible et d'émouvant en ce qu'elle respecte, sans jamais l'accabler d'un rire sarcastique facile, jusqu'au bout la naïveté de son étrange héros dans lequel peut se projeter le lecteur si averti du XXIe siècle. |
 | |  |  | Une horreur absolue. Je ne sais même pas ce qui m'a pris d'ouvrir ce truc. |
 | | NDZ, 06.01.2016 à 23:03 | 360727 |
|  |  | Parfois malin comme un singe, ce livre n'évite toutefois pas certaines peaux de bananes (la lassitude par la répétition, les raccourcis et clichés, même si souvent, c'est drôle). Echoue au pied de ma sélection 2015. |
 | |  |  | | lldm : | Sensualité d'une arial corps 10 sur un papier de bureau, trouble érotique d'un clipart pour exposé de business plan, puissance narrative d'une version homéopathique de Rohmer dilution 30 CH, ce « Blue » est d'une générosité et d'un souffle rarement atteints. Comme il ne faut pas abuser des bonnes choses, j'ai trouvé plus sage de ne pas dépasser la page 100, j'aurais pu mourir de bonheur. Ceux qui y ont survécu me raconteront la fin.
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Je peux pas te raconter la fin, je suis mort de bonheur, il y longtemps maintenant.
Mécréant !
(Sinon, j'ai bien ri en lisant tes chroniquettes de Noël ! :o))
| Thierry : | mon gamin a reçu cette bd à Noël.
J'ai lu.
Bon, les Minions font le job dans Moi, Moche et Méchant comme faire-valoir comique. Les personnages sont un aggrégat un peu indigeste de plein de choses, mais il y a une certaine énergie pour les faire exister. Puis il y eu le film des Minions, amusant un temps mais pénible sur la longueur. Quitte à traire la vache, une bande dessinée s'impose.
Bon, ben c'est une des choses les plus horribles que j'ai lu.
Les lapins crétins ne brillent pas par la finesse, mais il y a une volonté de s'amuser formellement avec la bande dessinée. C'est souvent plat, mais il y a des tentatives de vrais gags.
les Minions, c'est le degré zéro, du pas drôle, du moche visuellement... je suis même incapable de me rappeler du moindre gag sur la 40aine qui compose ce recueil. C'est dire. |
Oui, j'essaie de "lire" ça petits bouts par petits bouts lors de mes lectures en retard du journal de Spirou, et je suis affligé ! Une belle idée du degré zéro, effectivement.
Et pourtant, contrairement à toi, j'ai beaucoup aimé le film consacré auxdits Minions ! (oui, je sais, je suis bon public ! :o)) |
 | | chrisB, 04.01.2016 à 11:37 | 360549 |
|  |  | | Thierry : | | je suis même incapable de me rappeler du moindre gag sur la 40aine qui compose ce recueil. C'est dire. |
Y'a pas celui où le minion renverse de la glace sur son copain ?
Tordant ce gag, je ne m'en lasse pas... |
 | |  |  | mon gamin a reçu cette bd à Noël.
J'ai lu.
Bon, les Minions font le job dans Moi, Moche et Méchant comme faire-valoir comique. Les personnages sont un aggrégat un peu indigeste de plein de choses, mais il y a une certaine énergie pour les faire exister. Puis il y eu le film des Minions, amusant un temps mais pénible sur la longueur. Quitte à traire la vache, une bande dessinée s'impose.
Bon, ben c'est une des choses les plus horribles que j'ai lu.
Les lapins crétins ne brillent pas par la finesse, mais il y a une volonté de s'amuser formellement avec la bande dessinée. C'est souvent plat, mais il y a des tentatives de vrais gags.
les Minions, c'est le degré zéro, du pas drôle, du moche visuellement... je suis même incapable de me rappeler du moindre gag sur la 40aine qui compose ce recueil. C'est dire. |
 | | lldm, 03.01.2016 à 15:15 | 360532 |
|  |  | | Mael : | | lldm : | | C'était mon premier passage dans une FNAC depuis plus de vingt ans. C'est jamais décevant. |
Tente un Cultura, c'est fun aussi, il font moins semblant c'est déjà ça (sauf quand ils accolent leur logo sur du Willem, et c'est drôle). |
Non non, je vais plus rien tenter du tout de la sorte, Maël, avant 20 autres années. Je vais me faire du bien, lire de bons livres et aller dans des endroits chouettes. |
 | | Mael, 03.01.2016 à 11:50 | 360526 |
|  |  | | lldm : | | C'était mon premier passage dans une FNAC depuis plus de vingt ans. C'est jamais décevant. |
Tente un Cultura, c'est fun aussi, il font moins semblant c'est déjà ça (sauf quand ils accolent leur logo sur du Willem, et c'est drôle). |
 | | lldm, 02.01.2016 à 23:48 | 360521 |
|  |  | Pour parachever cette série de remarques sur des livres que je lis jamais, voici deux visites de librairies où je ne fous jamais les pieds.
Tout d'abord, la visite d'une librairie très hype qui vient de s'ouvrir à Bordeaux. Elle s'installe dans un quartier jusqu'ici populaire, peu à peu envahi, comme partout ailleurs, par les sempiternelles cohortes de petits bourgeois qui viennent y reproduire leur monde de fétiches merdiques parce qu'il le fuient dans leurs propres quartiers. Allez donc comprendre pourquoi, qu'ils viennent y vendre des burgers bio, des bouquins sur le Tatoo ou des vêtements équitables brodés par des lamas, ces abrutis prennent pour argument principal de leur exode de chercher ailleurs quelque chose d'authentique que leur premier mouvement est de détruire...
Cette librairie, cours Victor Hugo, émet tous les signes les plus répugnants de l'air du temps : il ne manque rien à ses gentils libraires peignés, pas un bouton de chemise sous un sous pull faussement étriqué à l'anglaise, pas un bout de barbe carrée rehaussée d'une coupe neo-afrika-korps, de lunettes d'écailles vintage, de thé chai au bar du fond, de rayon tag et street art ; et quand on regarde toute cette belle insolence culturelle calibrée d'un plus près, hé bien on y trouve ce qu'on devait s'attendre à y trouver : de la pusillanimité de là à là, et un manque d'imagination hypo télévisuel : un rayon LGBT qui ne déplacerait pas un sourcil d'évêque, un rayon philo pour auditeur prof de France Cul, et un rayon BD où Delcourt domine dans sa ligne de produits un peu bio, un peu indé pour bibliothèques sans BD. Un endroit qu'on a vraiment pas envie d'aimer. Une forme intestine de la gentrification, DANS les boutiques... On n'y chasse pas ostensiblement le nègre comme on le fait dans le quartier (mais il n'entre pas, ça, c'est certain, c'est fait pour ça, croyez-moi. On pourra toujours feindre de trouver ça dommage et même mettre ça sur son manque d'ouverture culturelle), mais d'autres bestioles indésirées, d'autres sortes de clandestins pas très propres, pas très sociables, pas trop faciles à concilier avec le Grand Projet Culturel Éthique &
Nature (un petit Bertoyas, tiens, un petit Bicéphale, un petit Reumann. Pourquoi pas un petit L.L. de Mars, hein?)
Sur ce boulevard, ça fait vraiment éperon colonial du Bien. Autant dire que je m'y suis senti Mal.
Deuxième visite, FNAC de Lorient. L'équivalent d'une vingtaine de meubles bibliothèques, sans doute plus. Ah, un rayon éditeurs indépendants. J'ai bien dit UN rayon, pas un coin ou une bibliothèque. Un rayon, encore trop grand pour abriter ses 24 titres (du coup le rayon "auteurs", avec sa grosse ligne de Gibrat, mord dessus). Dont 4 de patrimoine. Dont 6 sont des sorties ayant plus de cinq ans mais qui marchent encore bien (Shenzhen de Delisle). Soit, pour une ville d'environ 60 000 habitants dont la dernière librairie digne de ce nom vient de fermer (L'imaginaire, devenue la boulangerie salon de thé "l'imaginaire". ah ah ah ah), 14 titres pour représenter le travail éditorial dit indépendant (une cinquantaine d'éditeurs? Plus?). Le grand mystère c'est : comment les choisissent-ils? Ils ont quand même réussi à s'encombrer du Cambourakis faisant jouer Burns et Panter. Oui, c'est marrant, ok. Et pis c'est Burns et Panter. Mais franchement, quand c'est le naufrage et qu'il faut vite sauver 14 bouquins des vagues, Facetasm, c'est franchement un choix de glands.
C'était mon premier passage dans une FNAC depuis plus de vingt ans. C'est jamais décevant.
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 | | lldm, 02.01.2016 à 15:08 | 360514 |
|  |  | | Mr_Switch : | | Sorti même dès 1980, semble-t-il. Ce qui ne changera rien à ton appréciation, par ailleurs. |
C'est une édition plus tardive, oui, postérieure à mon départ de la maison familiale (1985). |
 | |  |  | | Sorti même dès 1980, semble-t-il. Ce qui ne changera rien à ton appréciation, par ailleurs. |
 | | lldm, 02.01.2016 à 14:42 | 360512 |
|  |  | Un crochet rapide par la bibliothèque familiale, retrouvaille avec toutes sortes de saloperies, et découverte accablante des Astérix post Goscinny que mes parents ont continué à acheter assez tardivement visiblement. Je lis ce « Forum » de Binet. J'ai aucun souvenir de ça. Il a sans doute été acheté dans le lot Bidochon/Kador soumis aux mêmes rites d'acquisition sans joie que les Astérix évoqués plus haut. C'est lourd et sinistre en 2016. Je doute que ça ait été drôle en 1987. Du coup, je relis un ou deux des albums de Binet oubliés depuis plus de trente ans dans la maison familiale. J'essai de trouver dans mes joues actuelles les mouvements de bouche rieuse de l'adolescent que j'étais. J'y arrive pas. Les muscles ont dû fondre entretemps, se déplacer, former d'autres noeuds (les Kamagurka, Filipandré, Schlingo de la même période ont rejoint très tôt ma bibliothèque. Je ne dis pas que je relis ça souvent, mais quand ça arrive, le rire revient, à peine effrité).
Il y a là deux rangées de bandes dessinées qui ont survécu parce qu'elles emblématisaient, j'imagine, pour mes parents, quelque chose de ma présence et, également, parce que mon père a continué à les lire. Je retrouve un instant suspendu dans ces questions récurrentes (déjà abordées sur Bulledair à propos de je ne sais plus quelle série à la con, Tintin, je crois), en me rappelant que la relecture compulsive de tout ce qu'on a aimé représente le gros de l'activité du lecteur de BD. Bon. Pas la peine de revenir là-dessus, on connait déjà l'issue de cette conversation (enlisement dans le relativisme généralisé). Mais ces Binet, bon sang, quelle pesanteur... J'ai pas osé réouvrir « l'Institution », qui est le seul dont je garde un souvenir un peu intense. Vaut mieux le laisser là où il est ...
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 | | lldm, 31.12.2015 à 23:33 | 360494 |
|  |  | | lanjingling : | | lldm : | Album de la maturité, ce « vingt ans après » vient pallier le petit défaut de notre «Histoire sans héros » par un subterfuge d'une finesse inouïe, permettant enfin de reconnaître en un instant chacun des personnages : le juif dit « Nom d'un rabbin! », et l'asiatique « Par les trois mille bouddhas!». Ça valait le coup de ciseler patiemment son travail d'écriture pendant 20 ans. |
Oui, mais s'agit-il d'un juif ashkénaze ("Oy Wey!"), d'un sépharade, ou encore d'un Chinois ("Confucius me damne!"), d'un Japonais ("Que tous les Kamis nous protègent!")ou d'un Thailandais ? Plus qu'un an à patienter pour la suite "Quarante ans après".
(Tes verdicts commencent à manquer de souffle, on sent que les provisions du frigo s'épuisent) |
C'est moi qui m'épuise un peu, en vérité. Je renonce à poursuivre ces critiques. Après m'être tapé le premier volume du "Combat Ordinaire" (j'ai ressenti un truc bizarre, normalement impossible hors d'un film de Romero : j'ai passé une heure avec un EEG complètement plat... J'ai vécu un truc assez cosmique, je me suis fondu dans le Grand Rien, j'ai été traversé par des grands courants de Que Dalle et j'ai eu un vertige de Nib) je me suis enquillé les deux premiers volumes de "Peter Pan" de Loisel. Là, c'était plus drôle du tout, ça devenait franchement répugnant. C'est là que j'ai commencé à être vraiment malade. J'ai failli mourir de chagrin.
Il y a des tas de trucs pour lesquels il vaut mieux rester dans cette espèce de vague lointain des titres et des impressions fugitives (émises par les lecteurs enamourés, par exemple, comme des boussoles qui indiquent le sud), des expériences qu'il n'est pas utile de faire pour savoir que c'est pas forcément bon pour vous. Il est temps que je retourne à des lectures moins destructrices pour ma santé. |
 | | Glotz, 31.12.2015 à 12:59 | 360493 |
|  |  | | lldm : | 
Sensualité d'une arial corps 10 sur un papier de bureau, trouble érotique d'un clipart pour exposé de business plan, puissance narrative d'une version homéopathique de Rohmer dilution 30 CH, ce « Blue » est d'une générosité et d'un souffle rarement atteints. Comme il ne faut pas abuser des bonnes choses, j'ai trouvé plus sage de ne pas dépasser la page 100, j'aurais pu mourir de bonheur. Ceux qui y ont survécu me raconteront la fin.
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En cliquant sur le lien de l'album, j'ai eu la désagréable surprise de relire une chronique de la honte. |
 | |  |  | | lldm : | Album de la maturité, ce « vingt ans après » vient pallier le petit défaut de notre «Histoire sans héros » par un subterfuge d'une finesse inouïe, permettant enfin de reconnaître en un instant chacun des personnages : le juif dit « Nom d'un rabbin! », et l'asiatique « Par les trois mille bouddhas!». Ça valait le coup de ciseler patiemment son travail d'écriture pendant 20 ans. |
Oui, mais s'agit-il d'un juif ashkénaze ("Oy Wey!"), d'un sépharade, ou encore d'un Chinois ("Confucius me damne!"), d'un Japonais ("Que tous les Kamis nous protègent!")ou d'un Thailandais ? Plus qu'un an à patienter pour la suite "Quarante ans après".
(Tes verdicts commencent à manquer de souffle, on sent que les provisions du frigo s'épuisent) |
 | | lldm, 29.12.2015 à 1:47 | 360470 |
|  |  | 
Sensualité d'une arial corps 10 sur un papier de bureau, trouble érotique d'un clipart pour exposé de business plan, puissance narrative d'une version homéopathique de Rohmer dilution 30 CH, ce « Blue » est d'une générosité et d'un souffle rarement atteints. Comme il ne faut pas abuser des bonnes choses, j'ai trouvé plus sage de ne pas dépasser la page 100, j'aurais pu mourir de bonheur. Ceux qui y ont survécu me raconteront la fin.
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 | | lldm, 29.12.2015 à 1:27 | 360469 |
|  |  | Album de la maturité, ce « vingt ans après » vient pallier le petit défaut de notre «Histoire sans héros » par un subterfuge d'une finesse inouïe, permettant enfin de reconnaître en un instant chacun des personnages : le juif dit « Nom d'un rabbin! », et l'asiatique « Par les trois mille bouddhas!». Ça valait le coup de ciseler patiemment son travail d'écriture pendant 20 ans. |
 | | chrisB, 27.12.2015 à 11:31 | 360466 |
|  |  | Très très bonne lecture de sous le sapin de Noyel ! |
 | | lldm, 25.12.2015 à 23:32 | 360459 |
|  |  | Un Goossens en pleine forme pour ce second volet de « Route vers l'enfer », titré «Histoire sans héros ».
On regrettera sans doute qu'il ait laissé les pinceaux pour se concentrer sur l'écriture, préférant confier le dessin à un neveu, Dany, membre de l'APBP.
Goossens n'a rien perdu de son aptitude à saisir dans les formes les plus élimées du lieu commun le potentiel poétique involontaire qu'elles recèlent. Le récit appuie sans doute trop le côté farce et puéril par toutes sortes d'invraisemblances et d'exagérations, mais le vertige promis par les formes les plus extrêmes de la connardise autorise bien quelques effets. Les amateurs éclairés reconnaitront au fil des dialogues l'écho des anciens albums:
«Désolé mon vieux ! Mais il vaut mieux être vivant avec un million de dollars qu'être un squelette aux doigts intacts. Et vous offrir une crise de nerfs ne vous mènera à rien.
— Ho ho ! Jimmy-le-dur, comme au cinéma, hein ?!
— Ouais! Mon meilleur coup de poing depuis «La piste de l'outlaw»
Ah ah ah, sacré Goossens ...
« Qu'est-ce que vous croyez, Gringo ? Être née pauvre à Panama City, ça vous apprend pas mal de choses qui ne figurent pas précisément au programme du couvent des oiseaux...»
Ah ah ah, sacré Goossens !
Et c'est comme ça pendant 50 pages! Festival !
Le scenario est assez étrange : une équipe de touristes attrape dans la jungle une maladie tropicale qui fait couler inlassablement leur visage et mélange yeux, nez et bouches, qui bougent mollement comme des gouttes de beurre chaud sur des pommes. C'est la seule mauvaise idée du livre, rendant incompréhensible l'intrigue, faute de pouvoir reconnaître les personnages d'une case à l'autre. Je ne saurais même pas dire s'il y a plusieurs personnages féminins. Ah si, il y a une gouvernante, elle est anglaise (il écrit "de nationalité brittanique", ah ah ah, sacré Goossens), qui est psycho rigide et dit « My dear! » à la fin de ses phrases (ah ah ah, où va-t-il chercher tout ça?)
Sinon, je ne sais pas ce qui s'est passé avec l'exemplaire que j'ai entre les mains, mais un vilain virage couleur a tout salopé et je me suis déchiré la rétine sur une scène nocturne en dérapant sur une nappe de bleu Harpic. Foutus imprimeurs. |
 | | Mael, 25.12.2015 à 14:16 | 360457 |
|  |  | | Moi j'adore ces lectures lldemarsiennes, il faut continuer, décrypter toute la bibliothèque ! Beau Noël. |
 | |  |  | | lldm : |
Et là, j'ouvre Littleul (Littleul? Y'a sûrement une raison à ce deux-té-eu-hu, sûrement) Kevin et bon sang ça remonte, tout ça, le dentiste, la chenille, l'envie de dégueuler la grosse chose qui est venue dans ma bouche, les CHEVEUX. C'est pas que la première case, hein, c'est partout : je feuillette fébrilement, comme un flip book, ça s'agite, partout des masses de cheveux luisantes posées dans des cases, sous lesquels pendent des corps crispés dans des rictus (ils ont PEUR de leurs cheveux, tu m'étonnes, ils ont commencé à être grignotés par eux, voilà la vérité, par le crâne, ils sont tétés par leurs poils collés en mottes dures).
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Ceci est la meilleure critique de bouquin que j'ai lue ces derniers temps.
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 | | lldm, 24.12.2015 à 21:10 | 360453 |
|  |  | Faut que je lâche un peu cette bibliothèque, quand même. C'est comme une dope, je sens que ça ne me fait pas que du bien.
Je résiste, et paf, je vois une tranche de plus qui m'appelle : « ouvre-moi, allez, je suis une super bédée, tu vas voir, je vais être ton amie pour une heure, tu m'oublieras pas de si tôt! », je recule, je tiens bon, je vais me faire un café en sifflotant, je regarde obstinément ailleurs, vers l'ordi où je pourrais aller travailler. Mais une petite voix démoniaque me dit « Allez. Une petite dernière avant d'aller au boulot. Ça peut pas faire de mal.»
J'atteins des profondeurs insoupçonnées. « Malheig » de Stalner, c'est comme une nuit d'insomnie où malgré le donormyl, le sommeil ne vient pas parce qu'on est en vacances dans sa chambre d'enfant, chez maman, et que le lit est trop petit. Le cachet rend trop pâteux pour lire et de toute façon il ne reste là que les oui-oui et deux ou trois Pif.
Alors on allume la télé pour se rappeler comment c'est. Une pub pour des parfums passe en boucle. Elle a l'air d'avoir 40 ans, comme votre chambre (c'est juste parce que la télé n'a pas bougé d'un poil depuis, mais vous le savez pas parce que vous ne l'avez plus depuis longtemps). Il y a des types avec l'air très profond et sauvage à chaque plan, qui vous regardent avec du vent dans les cheveux (décidément, elle est très cheveux, cette bibliothèque). Des rapaces passent en contre jour devant des grosses lunes drôlement mystérieuses. Tout se met à cabotiner terriblement ; les cailloux cabotinent, les vagues, les arbres.
La différence, c'est que les pubs pour parfum, c'est en noir et blanc. Là, on aimerait bien. Hélas, Carrefour faisait sa grosse promo sur le matériel scolaire et les encres colorées étaient bradées. Du coup, on peut en mettre plein sur une page, toutes les couleurs si on veut. On pourrait espérer masquer l'incurie du dessin, comme ça. Mais ça reste collé dessous. Dommage. Endormi à la page 12, je peux pas vous dire grand-chose de ce merdier. tout ce que je peux vous dire c'est que les procédés narratifs accréditent la thèse pourtant douteuse d'une invention de la bédée bien avant le XIXe siècle. Il y a une jonction magique entre deux cases - un tireur à l'arc qui a l'air de se viser le genou et un gros mammifère approximatif qui est sa cible - faite par une case intersticielle contenant la flêche. Ainsi encadrée, tout espèce d'espoir de lui donner du mouvement est aboli. Magique, je vous dis. Y'en a plein, des comme ça. Stalner est donc datable sans recours au carbone 14 de l'ère d'avant l'ellipse.
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 | | lldm, 24.12.2015 à 15:25 | 360452 |
|  |  | | Bicephale : | | lldm : | Bon, tu ne m'auras pas : je n'écrirai pas une ligne sur ce
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C'est bientôt Noël, barbe blanche et petits anges, âme charitable, je ne voulais que ton bien... |
D'une part, je suis pas chrétien, alors Noël ne me concerne pas, je m'en fous complètement.
D'autre part, à un copain qui me demandait, au fond, s'il ça existait "l'ennemi" (question légitime d'un nominaliste à un nominaliste), j'ai filé ma définition, quand même : l'ennemi, c'est celui qui vous veut du bien.
Je te tiens !
Je le savais !
Enlève tes vieux poils, Doppelgänger, tu es là-dessous !
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 | |  |  | | lldm : | Bon, tu ne m'auras pas : je n'écrirai pas une ligne sur ce
|
C'est bientôt Noël, barbe blanche et petits anges, âme charitable, je ne voulais que ton bien... |
 | | lldm, 24.12.2015 à 14:59 | 360450 |
|  |  | | crepp : | | Un moment j'ai cru que tu étais enfermé dans la bibliothèque. |
je SUIS enfermé dans cette bibliothèque. Heureusement, il y a un frigo plein. |
 | | lldm, 24.12.2015 à 14:57 | 360449 |
|  |  | | Bicephale : | | Mémoire qui flanche et vieux croûton... |
tu... Tu gâches ma blague récursive !
C'est bien, la notion d'incipit apporte juste ce qu'il faut de vernis culturel pour nous garantir qu'on n'a pas affaire à un bête prologue à la con et que ça mérite une critique sur du9.
Bon, tu ne m'auras pas : je n'écrirai pas une ligne sur ce
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 | | crepp, 24.12.2015 à 13:50 | 360447 |
|  |  | | Un moment j'ai cru que tu étais enfermé dans la bibliothèque. |
 | | lldm, 24.12.2015 à 12:49 | 360446 |
|  |  | Bon sang, il y a de ces trucs dans cette bibliothèque...
Première case, une sorte de malaise provoqué par la revivification d'un autre vieux, d'un très vieux malaise, comme un écho terriblement retardé, me vient, un truc de ouf. Un truc de cheveux. Mais qu'est-ce qui se passe avec les cheveux, mon dieu? C'est comme un truc autonome sur sa tête, prêt à décoller, entre le métal d'un soucoupe et la bête parasite roulée sous sa coque striée. Dès la case un, ça commence à remonter, je revois cette grosse masse jaune qui m'avait terrifié enfant, en ouvrant un Spirou chez le dentiste, un truc inimaginable, sur lequel j'ai mis des années à mettre un nom avant de découvrir que c'était ça :

Je sais pas ce que c'est, j'ai jamais voulu savoir, c'est resté à vie le truc jaune monstrueux qui se développait sur la tête terrifiante d'un... D'un petit vieux jeune lisse et gonflé qui luisait sous un spot (y'aurait beaucoup à écrire aussi sur le lisse luisant dans l'école belge). Comme une pâtisserie vivante prête à m'étouffer, un papillon redevenu chenille redevenue chrysalide. Un foutu cauchemar.
Et là, j'ouvre Littleul (Littleul? Y'a sûrement une raison à ce deux-té-eu-hu, sûrement) Kevin et bon sang ça remonte, tout ça, le dentiste, la chenille, l'envie de dégueuler la grosse chose qui est venue dans ma bouche, les CHEVEUX. C'est pas que la première case, hein, c'est partout : je feuillette fébrilement, comme un flip book, ça s'agite, partout des masses de cheveux luisantes posées dans des cases, sous lesquels pendent des corps crispés dans des rictus (ils ont PEUR de leurs cheveux, tu m'étonnes, ils ont commencé à être grignotés par eux, voilà la vérité, par le crâne, ils sont tétés par leurs poils collés en mottes dures).
Autant vous dire que j'ai refermé cette saloperie aussi sec.
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 | | lldm, 24.12.2015 à 12:20 | 360445 |
|  |  | Ce séjour dans une autre bibliothèque me rappelle à quel point je suis déconnecté d'un bon nombre de publications...
Bon, cet « Automne », il a déjà fallu l'ouvrir. C'est d'une laideur sans nom, il faut déjà franchir le premier cap de concéder beaucoup à un dessin apeuré d'être un dessin, au trait posé comme une plomberie fonctionnelle, aux lourds cadres de vignettes qui charpentent la page comme un pénitencier. Mais on sait tous que de médiocres dessins peuvent soutenir un bon récit. Celui-là aurait sans doute pu être bon, traité par Eisner, ou n'importe quel homme de cadrage, de structure, de rythmes. Ici tout est fonctionnel et tempo : quand ça constitue un assemblage de vignettes pour toucher à quelque chose comme une bande dessinée et ses moyens, c'est appliqué en truc comme une leçon de McCloud. Il n'en tire rien, de son polar. Il nous le conduit à son terme et il est bien difficile de ne pas se foutre complètement de tout ce qui adviendra de ses marionnettes qu'un seul fil mou fait bouger.
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 | | lldm, 23.12.2015 à 20:18 | 360437 |
|  |  | tout ce que j'ai pu lire de M.A.M. jusqu'ici m'a fait bailler ou pire. Un dessin empesé servant des constructions fastidieuses dans lesquelles l'auteur nous épuise à faire le malin. À nous montrer combien il est malin. il se trouve qu'il est le plus souvent nettement moins malin qu'il ne l'imagine ("Dieu en personne" ou "3''" sont des livres particulièrement pas malins qui jouent au malin), que c'en est franchement gênant. Il se trouve que les effets de littérature (du moins ses fétiches les plus visibles) viennent sempiternellement y jouer la béquille pour s'excuser sans doute de faire de la bd. Bref.
Celui-là n'échappe pas complètement aux tics de M.A.M., mais il renverse la situation habituelle : c'est nettement moins vain que ça en a l'air.
Les chapitres consacrés au dépôt des moules ou à l'atelier de restauration, par exemple, "pensent" vraiment quelque chose de l'histoire de l'art, je veux dire produisent une configuration (en bande dessinée) riche pour travailler l'histoire de l'art et ses objets, touchant des aspects significatifs (et complexes) de la muséographie (même si tout ça est un peu court, trop court). Je m'attendais pourtant au pire : les albums causant de peinture sont quasi tous des pensums (la liste est longue) qui vont du ridicule à l'abject, et ceux consacrés au Louvre sont parmi les pires (même de Crecy s'est vautré, bon sang!). Bref, c'est plutôt une bonne surprise.
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 | | lldm, 23.12.2015 à 19:53 | 360436 |
|  |  | Merde. J'ai complètement oublié ce que je viens de lire. |
 | |  |  | A en croire les aperçus des deux versions, il s'agit de la même traduction, même lettrage (Remarquons que 2024 le dit bien, qu'il s'agit d'une réédition)
Merci Gantois |
 | |  |  | | Le PBE : | | Gantois : | c'est celui-la |
Le résumé de l'époque confirme une première parution sous forme de strips hebdomadaires.
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étant une réédition, il ne peut donc pas prétendre à bouverser mes bulles d'or :o) |
 | | Le PBE, 11.12.2015 à 11:11 | 360280 |
|  |  | | Gantois : | c'est celui-la |
Le résumé de l'époque confirme une première parution sous forme de strips hebdomadaires.
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je n'avais rien lu de Tom Gauld depuis sa version de l'affrontement de David et Goliath, livre étonnant et fragile, qui réussissait à faire naître beaucoup plus de sensations que l'apparente simplicité du dessin pouvait laisser envisager.
Ce "Vers la ville" est un bel objet. Simple et élégant. Le livre s'ouvre sur un carré noir et se ferme sur un carré jaune: origine et destination d'un voyage vers la ville.
Le livre s'articule en une successions de saynettes suivant deux personnages qui font route vers cette mystérieuse ville. Ils ne savent pas vraiment à quoi elle ressemble.
Ils n'y connaissent personne.
Il ne connaissent que d'autres comme eux qui sont partis avant eux vers la ville.
Depuis, aucunes nouvelles ne leur sont parvenues.
On retrouve chez Tom Gauld cette étrange atmosphère qui évoque le Buzzatti du désert des tartares. Des individus confrontés à une forme d'inéluctabilité mystérieuse. Il font face à un inconnu qu'ils ne peuvent aprréhender, qui les séduit, les effraye aussi un peu.
Il y a une lenteur, une impression d'englument.
Tom Gauld fait partie de ses auteurs qui réussissent à le mieux investir cet espace blanc entre les cases, cette gouttière ou tout se déroule. Il ne se passe rien, et pourtant, il réussit à traduire tout ce que recouvre ce rien. les pas qui se succèdent, les pensées vagabondes, les petits aléas trop infimes pour être représentés mais qui émaillent ce voyage.
Et pourtant, ce ne suffit pas dans ce livre un peu court.
J'aurais aimé quelques (dizaines) de page en plus, parce qu'au final, le voyage semble se dérouler trop vite. Si peu pour rien, aurait-on envie de dire. Les idées sont là, la patte de Tom Gauld est bien présente. Peut-être s'agit-il d'un feuilleton publié à l'origine sur un rhytme hebdomadaire qui permettait de jouer sur la dimension temporelle induite par le rhytme de parution. mais une fois réunies en recueil, ses planches s'enchaînent un peu vite. Il me semble d'ailleurs que pour les personnages, ce voyage ne dure que quelques jours. J'attendais une impression de lenteur, de longueur qui n'est pas vraiment présente dans ce livre. Il reste agréable, mais qui ne prend pas le temps de s'installer. Son ambiance s'en ressent. |
 | |  |  | | Ce dernier a bénéficié d'une grosse prévisualisation sur BDgest début juillet. Mais il n'est sorti qu'en septembre. Je me demande si la tactique fut payante. |
 | |  |  | | Mael : | | 96 livres notés, et il paraît que j'en ai raté de très bon (maison aux insecte, carnet de santé foireuse, etc.) |
| chrisB : | C'est bien, très bien même, sur le fond le point de vue très centré sur le corps, fait que l'on voit une autre facette de la multitude des récits autobiomédicaux. Sur la forme, il y a une vraie recherche et je trouve que cela fonctionne à 100%. |
Cela aussi a l'air vraiment intéressant.
Les bulles d'or ne commencent que dans quelques heures qu'ils me font déjà découvrir des livres qui me seraient passés inapperçus. |
 | |  |  | | NDZ : | | 32 lus de 2015 en 2015. 1 coup de coeur pour le moment... |

Mais dites-moi, mon cher NDZ, cela m'a l'air tout à fait intéressant, ceci. |
 | | chrisB, 01.12.2015 à 9:56 | 360097 |
|  |  | C'est bien, très bien même, sur le fond le point de vue très centré sur le corps, fait que l'on voit une autre facette de la multitude des récits autobiomédicaux. Sur la forme, il y a une vraie recherche et je trouve que cela fonctionne à 100%. |
 | |  |  | | chrisB : | je veux bien croire que c'est fabuleux, il y a de très bonnes ambiance (par moment), par contre j'ai pas pipé grand chose sur l'idée globale... |
Ce que l'ai lu : un travail plastique sur la mémoire, une sorte de mémoire non-sélective, presque non individuée, une "mémoire absolue" sous forme d'images, soit la fonction de la machine nommée Elephant Program One (EP1) dans cette bande dessinée ; les images mémorielles saccadées des conditions de vie et de perceptions contemporaines : une ville-monde virtuelle en ruines et en changements permanents, des "agents" désoeuvrés en perte de tous liens affectifs ou sociaux qui la parcoure, etc.
Si ça prend la forme apparente d'un polar, il est certain qu'en terme d'intrigue ou d'indices cette bande dessinée peut avoir quelque chose de décevant. Personnellement ce n'est pas ce que j'attends en particulier d'une lecture alors bon...
Une précision néanmoins : le Programme Immersion serait prévu en 2 tomes.
(tandis que se profile Anyone 40 chez Arbitraire) |
 | | chrisB, 28.11.2015 à 14:35 | 360075 |
|  |  | je veux bien croire que c'est fabuleux, il y a de très bonnes ambiance (par moment), par contre j'ai pas pipé grand chose sur l'idée globale... |
 | |  |  | je ne voudrais pas être trop lapidaire, je vais donc étayer mon point de vue
Largo Winch reste un plaisir honteux. C'est un condensé de tout ce qui peut être insupportable en bande dessinée, dans le sens tape-à-l'oeil, machiste, simpliste... un forme de grand slam.
Le multimilliardaire en baskets, à gauche dans le coeur, à droite dans le portefeuille, qui est aussi pugnace sur les marchés boursiers que dans les coups fourrés.
Dans ce nouvel épisode, j'ai presque l'impression que JVH s'est tellement rendu compte qu'il avait épuisé toutes les ficelles qu'il se lance dans un marivaudage qui aurait pû faire de ce tome ses propres "bijoux de la Castafiore".
C'est à peine si les portes ne claquent pas, les couples se faisant et se defaisant. Miss Pennywinkle tombe dans les bras d'un amour de jeunesse (la psychologie féminine n'ayant aucun secrets pour les auteurs, la fière et froide Miss P se transforme en ado bondissante, en robe rose), Cochrane se laisse pathétiquement séduire, Silky tente de pécho, mais sans succès tandis qu'un'une ancienne maîtresse de Largo tente de mettre dans son lit tout se qui bouge, sauf Silky, qui en est très contrariée.
Et Largo, dans tout ça ? Lui, qui n'est pas du genre à se faire enquiller comme un bleu, a bobo à son coeur. Il est bleu de la belle Saïdé, une belle étudiante, qui se révèle être un agent double, kamikaze en voie de se faire exploser pour décapiter le groupe W lors du big board qui s'annonce, alors qu'elle est en fait agent triple, travaillant pour la CIA, en tout cas pour une agent double de la CIA qui se trouve être au service d'un oligarche russe qui veut prendre le contrôle du groupe W.
Suis-je clair ?
Largo court après Saïdé, rattrapée par son double jeu et dépassée par le double jeu de son patron. Ah la la, Largo, que va-t-il encore t'arriver ?
Ce tome 19, c'est le mariage inattendu entre Homeland et Rosamund Pilcher. Un concept en soi...
[largo_winch20 : album sans vignette] la mise en place psychologique est terminée. Largo est amoureux transi comme un chanteur de boys band des années 90. Miss Pennywinkle s'est faite enquillée comme une bleue. Dwight Cochrane s'est fait enuillé comme un bleu. Simon Ovronnaz va se faire enquiller comme un bleu dans une sous-sous-intrigue d'une confondante nullité, l'imam maléfique et l'agent trouble se font enquiller et un nouveau personnage fait son apparition. Une femme chargée par largo de reprendre en main sa flotte marchande. Il faut une femme de caractère, forte, intraitable... d'une grande finesse psychologique, les auteurs en font une matrône qui ferait passer Serena Williams pour une frêle jeune fille en détresse. Et pour bien montrer qu'elle ne s'en laisse pas compter par les hommes, elle utilisele petit personnel comme toy boy. le féminisme version Largo, c'est de la poésie.
On croirait presque que JVH se vende définitivement de Francq en lui fournissant le scénario le plus pourri de toute la série. La rancune, c'est mal. Souhaitons bien du plaisir à Eric Giacometti, qui a réussi à ne pas laisser Sente s'imposer comme repreneur de Largo. A moins que ce dernier se soit rendu compte que certaines causes perdues devraient âtre laissées tranquilles. |
 | |  |  | | Mael : | | Thierry : | | tout d'abord, il faut corriger la fiche qui est incorrecte le scénario est cosigné y et Mathieu Mariolle alors que le dessin est de Roman Surzhenkot. |
Pas de coloriste à rajouter ? Tant qu'à faire. |
Matteo Vattani :o) |
 | | Mael, 22.11.2015 à 13:37 | 360029 |
|  |  | | Thierry : | | tout d'abord, il faut corriger la fiche qui est incorrecte le scénario est cosigné y et Mathieu Mariolle alors que le dessin est de Roman Surzhenkot. |
Pas de coloriste à rajouter ? Tant qu'à faire. |
 | |  |  | | [largo_winch20 : album sans vignette] c'est bon de rire. |
 | |  |  | tout d'abord, il faut corriger la fiche qui est incorrecte
le scénario est cosigné Dorison et Mathieu Mariolle alors que le dessin est de Roman Surzhenko
ce tome est clairement un tome de transition pour que la nouvelle équipe puis trouver ses marques. Au niveau de dessin, pas gra,d chose à dire. Roman Surzhenko s'occupe désormais de 3 séries des mondes de Thorgal. Ses qualités et ses défauts sont connus. Il est à l'aise mais trop propre et parfois un peu raide.
Côté scénario, ce tome laisse Kriss de Valnor naufragée sur une île. Accompagnée d'un herboriste et de son assistante, elle tente de s'en échapper. Elle découvre que cette île est habitée par une tribu d'enfants, qui se révèlent plutôt inquiétants.
Retour aux sources pour la série, qui cesse de se prendre pour un clône de game of thrones, on pourrait presque imaginer la même histoire en remplaçant Kriss de Valnor par Thorgal. Il y a du "village des damnés", du "Sa majesté des mouches", et dans l'ensemble, une évidente impression de vouloir bien faire, sans reproduire les erreurs de Sente. Il est un peu tôt pour se faire une idée définitive sur cette reprise mais il y a des signaux encourageants. Cet épisode ce conclut sur le retour à une Kriss de Valnor plus combative et plus proche de celle que l'on connaît. |
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