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 | | L'intelligence intemporelle |
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  rohagus
 | Après lecture de cet album, je ne sais plus vraiment quoi en penser tant mes sentiments sont contradictoires.
Je trouve le dessin encore pire que dans le précédent, au point que les décors sont désormais touchés eux aussi, et surtout les véhicules dont les perspectives semblent complètement aléatoires. L'hydravion du début donne parfois l'impression d'être un gros jouet bouffi de trois mètres de long, et d'autres fois un véritable appareil de transport d'une dizaine de mètres. Et je ne parle même pas de la couverture qui semble être un zoom maladroit sur une scène ratée de l'album. Les seuls éléments qui me paraissent encore réussis sont les vaisseaux spatiaux et le cottage de Yoko. Mais en contrepartie aucun personnage n'est correctement dessiné. Même le lettrage semble désormais atteint, avec une écriture tremblante et très inégale.
Côté scénario, j'ai eu l'impression de lire deux intrigues successives sans lien entre elles, et j'ai eu beaucoup de mal à comprendre où chacune de ces histoires voulaient en venir. Les tenants et aboutissants sont complètement flous et donnent l'impression de servir à faire revenir subrepticement une foule de références et de personnages issus des anciennes aventures de Yoko. Et, bien sûr, à lui adjoindre encore un nouveau compagnon à la fin, comme on ramasse un animal abandonné dans la forêt, pour le ramener lui aussi dans son cottage qui commence à devenir sérieusement trop petit pour toute cette populace. D'ailleurs, l'intrigue met bien une dizaine de pages à se mettre en place tant tout le début sert à rappeler combien de personnes, d'animaux et autres robots vivent avec Yoko dans son cocon écossais.
C'est donc désolant, et on peine à se dire que c'est la même série que les 20 premiers albums des aventures de Yoko Tsuno, d'autant plus que la couverture permet de comparer la finesse du dessin du visage de Yoko dans le logo de la série, à mille lieues de son visage sur l'illustration de la nouvelle couverture.
Et pourtant, je n'arrive pas à simplement rejeter cet album. Parce que derrière tout ce qui me déplaît, on voit aussi très clairement l'âge de l'auteur et les limites que celui-ci impose désormais à ses capacités à dessiner, écrire et construire une histoire. Et c'est comparable à ce que l'on ressent lorsqu'on voit vieillir ses parents ou ses grands-parents. On peut constater qu'ils ne sont plus capables de faire certaines choses comme avant, mais cela ne signifie pas pour autant qu'on voudrait les empêcher de continuer à vivre ce qui compte pour eux. Ce serait cruel de leur dire qu'ils doivent s'arrêter parce que ce n'est plus aussi bien qu'autrefois.
C'est un peu ce que je ressens ici. Cet album me déplaît, et je le trouve très loin de ce que la série a pu être, mais son existence me touche malgré tout. Il y a quelque chose de profondément triste dans cette dégradation, mais aussi quelque chose de touchant et même d'assez instructif dans le fait de voir, presque sous nos yeux, ce que devient une œuvre artistique lorsque son auteur arrive au bout de ses capacités.
Bref, je n'ai pas aimé cet album, mais je suis malgré tout heureux qu'il existe.
Et comme à chaque fois depuis 3 albums, j'en viens toujours à me demander avec une certaine appréhension si ce sera le dernier... |
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