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Hi Score girl
Dessin et scénario : Oshikiri Rensuke

Albums indépendants, en cours


Volume 1 - 2019

Volume 2 - 2019

Volume 3 - 2019

Volume 4 - 2020

Volume 5 - 2020

Volume 6 - 2020

Volume 7 - 2020

Volume 8 - 2020

Volume 9 - 2020

 

1 avis


Herbv
Début de l’année 1991, Haruo Yaguchi est en dernière année d’école élémentaire. Il ne vit que pour et par le jeu vidéo. Pour être plus précis, il passe tout son temps et son argent dans les salles d’arcade à jouer à des jeux de combat comme Street Fighter II de Capcom. Un jour, il tombe sur une gamine qui le lamine en un contre un (VS.) sur son jeu fétiche. Il s’agit d’Akira Ono, l’héritière d’une richissime famille qui est dans sa classe. Les deux ne vivent pas dans le même monde, le premier étant un cancre, la seconde étant une brillante élève. Ils n’ont donc jamais eu l’occasion d’échanger sur quelque sujet que ce soit. Cette rencontre improbable va pourtant déboucher sur une relation hors norme.

En avril 1993, Koharu Hidaka, une collégienne qui vient de faire sa rentrée en 4e, remarque Haruo au moment où celui-ci s’enfuit d’une salle d’arcade alors que le conseiller d’orientation de l’établissement vient y effectuer une ronde pour s’assurer qu’aucun élève de l’école ne traine dans un lieu aussi mal famé et si peu propice aux études. Les deux sont dans la même classe. Koharu envie la passion et l’insouciance d’Haruo. En effet, elle ne sait pas prendre du bon temps comme son camarade, elle ne sait que faire ses devoirs et elle reste seule chez elle la plupart du temps. Pourtant, quelques jours plus tard, une tempête de neige soudaine lui permet de faire plus ample connaissance avec ce garçon qui la fascine. Pour pouvoir se rapprocher de lui, elle comprend rapidement qu’elle va devoir s’intéresser aux jeux vidéo.

Hi Score Girl est une comédie romantique scolaire basée (pour ne pas changer) sur un triangle amoureux. Cependant, sur ces fondations très classiques, Rensuke Oshikiri est loin de reprendre tels quels les canons du genre et il met en place des relations plutôt singulières. Le personnage masculin principal, Haruo Yaguchi, n’est pas un beau gosse, c’est un cancre, il est obnubilé par les jeux vidéo au point d’être aveugle aux sentiments des autres. Akira Ono, un des deux protagonistes féminins, est très intelligente mais elle est incompréhensible. De ce fait, elle est de plus en plus isolée à chaque changement d’école. Il faut dire qu’elle ne parle jamais, à personne. Koharu Hidaka est la seule qui n’ait pas un comportement extrême et fait figure de normalité. Elle est intelligente, lucide sur elle-même et les autres, plutôt jolie et raisonnable. Trop peut-être pour trouver le bonheur : il lui manque une passion dans laquelle s’investir. C’est pour cette raison qu’elle est attirée par Haruo, du fait de son insouciance, de sa joie de vivre et de son amour pour les jeux d’arcade. Même si elle comprend rapidement que ce dernier ne voit en elle qu’une camarade de classe qui semble s’intéresser aux jeux vidéo et avec qui il peut partager sa passion.

En effet, Haruo est fasciné par Ono qui lui est supérieure dans tous les domaines : elle est jolie, excellente élève mais surtout, elle le bat systématiquement sur borne d’arcade. Elle excelle dans le seul domaine où il en tire une réelle fierté : les jeux de combat. Ono devient ainsi un challenge, un but, un objectif : il faut absolument la dépasser à Street Fighter II. Haruo ne comprend pas ses sentiments pour Ono, ni pourquoi il supporte qu’elle le frappe durement à chaque fois qu’elle est contrariée. Il faut dire que pour elle, jouer aux jeux vidéo est une soupape de sécurité qui lui permet de supporter la pression imposée par son entourage qui la destine à prendre la direction de la fortune familiale. Lorsque Koharu devient meilleure que Haruo aux jeux de combat en espérant ainsi remplacer Ono dans l’esprit de l’élu de son cœur, ce dernier ne réagit pas de la même manière : il se sent humilié et ne supporte pas d’être à nouveau battu par une fille. Une distance se créée entre eux en lieu et place du rapprochement espéré par la jeune fille. Comme nous pouvons le voir, la romance n’est pas très présente dans le récit. De plus, il en est de même pour l’humour.

Celui-ci repose essentiellement sur le comportement d’Ono et des coups qu’elle porte continuellement à Haruo, les réactions de ce dernier devenant l’élément comique principal. C’est ainsi que plusieurs running gags se mettent en place pour notre plus grand plaisir. Ceux-ci sont distillés avec parcimonie, ce qui renforce leur efficacité. Quelques personnages secondaires comme la mère de Haruo, ou différents camarades de classe viennent apporter une touche humoristique supplémentaire. Néanmoins, la comédie n’est pas la caractéristique principale du manga. La façon dont Rensuke Oshikiri retrace l’histoire du jeu vidéo et des salles d’arcade, la vision qu’il propose de cet univers sont bien plus présentes. Loin du comportement de fan auquel nous pourrions nous s’attendre, l’auteur se contente souvent d’exposer des faits, de montrer la diversité du monde des jeux vidéo. Il n’épargne pas Haruo ni certains types de joueurs, sans pour autant les condamner. C’est aux lectrices et aux lecteurs de se faire leur avis, après avoir compris à quel point le mangaka a mis de lui-même dans cette histoire.

En effet, la lecture préalable des trois tomes de Bip-Bip Boy, une autobiographie de l'auteur, si elle n’est pas indispensable pour apprécier Hi Score Girl, permet de voir que Haruo est une projection romancée de l’auteur, une version améliorée tant il ne s’épargne pas dans la plupart des chapitres de Bip-Bip Boy. Ono et Koharu sont directement inspirées des quelques filles qu’il a pu côtoyer pendant son adolescence et qu’il présente dans son manga autobiographique. Nul doute que la réalité qui se cache derrière la fiction a permis au mangaka de créer des personnages particulièrement attachants, et touchants. Haruo est plein de joie de vivre, cependant, son insouciance ne signifie pas qu’il est stupide. Il se rend bien compte ce que lui coûte socialement sa passion pour les jeux vidéo. Certes, pour les besoins du récit, son incapacité à développer des relations sentimentales avec ses petites camarades de classe n’a pas le goût amer ni le sentiment d’échec que l’on retrouve dans Bip-Bip Boy. Haruo a fait un choix de vie qui lui apporte le bonheur et les jeux vidéo sont toujours là pour lui permettre de ne pas sombrer dans la déprime.

Toutefois, c’est avec Ono et Koharu que Rensuke Oshikiri réussit ses deux meilleures créations. Ono la mutique est touchante dans son incapacité à exprimer sa peine et l’oppression qu’elle subit du fait d’une éducation bien trop stricte. L’auteur, par de nombreuses cases muettes, nous fait comprendre à quel point les meilleures intentions du monde peuvent être destructrices lorsqu’on reste aveugle aux besoins des personnes que l’on côtoie. Koharu n’est pas en reste, elle qui est lucide sur ses sentiments et ceux de Haruo. Le mangaka nous montre aussi par son intermédiaire que la raison ne peut remplacer la passion et qu’il est important d’avoir des sentiments, ainsi que des passe-temps, des domaines qui nous permettent de s’évader d’un quotidien souvent bien morne. Il démontre ainsi l’importance que peut avoir le jeu vidéo dans la vie de certaines personnes, l’équilibre qu’ils peuvent y trouver, tout montrant que tout excès est nocif. Il ne magnifie pas le monde vidéoludique ni celui des salles d’arcade. Il essaye de les montrer comme ils sont, avec leurs défauts et leurs bienfaits.

Ainsi, une fois de plus, le manga montre sa richesse et sa grande profondeur grâce à sa capacité à aborder de nombreux sujets au sein d’une même œuvre et à faire vivre des personnages attachants et complexes. Certes, en ce qui concerne Hi Score Girl, il peut être nécessaire à certaines et certains de passer outre un graphisme un peu hors norme et un thème, celui des jeux vidéo des années 1990, qui peut ne pas intéresser. Pourtant, il n’est en aucun cas nécessaire d’avoir joué sur des bornes d’arcades ou les consoles de l’époque pour savourer cette lecture qui ne repose pas sur la nostalgie. Votre serviteur en est la preuve. Alors, n’hésitez pas, si vous n’avez pas commencé cette excellente série, foncez, vous ne le regretterez pas un seul instant !
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