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Sandman
Réalisé par cubik, didi, june, MR_Claude, petitboulet et Smiley_Bone.


A l'occasion de la sortie de la saison des brumes, volume 4 (mais premier tome chez Delcourt) de la série Sandman, écrite par Neil Gaiman, nous avons eu envie soit de découvrir soit de donner envie de lire cette série, précédée d'une grosse réputation. Comment l'aborder, à quoi s'attendre?...


  • Le point de vue du n√©ophyte.
    C‚Äôest √† moi que ce r√īle √©choit, avant de participer je ne connaissais rien de Gaiman et de son univers. En plus de La saison des brumes, je me suis √©galement procur√© les deux premiers volumes parus au T√©m√©raire, que je vais lire juste apr√®s ce tome 4, afin d‚Äôessayer de juger des difficult√©s ou non √† rentrer dans cette Ňďuvre par le tome 4.
    Ce que je sais de Sandman et Neil Gaiman ? Peu de choses, si ce n‚Äôest la r√©putation de grand densit√© que peut avoir l‚ÄôŇďuvre, son c√īt√© culte aupr√®s de certains lecteurs, le c√īt√© tr√®s litt√©raire de Gaiman, √©galement romancier‚Ķ Je sais aussi que les premi√®res avntures sont r√©put√©es pour ne pas √™tre les plus accessibles, j‚Äôai quand m√™me, pris par la curiosit√©, rapidement feuillet√© les volumes du T√©m√©raire, moi, √ßa semble me plaire et √ßa me semble surtout tr√®s riche, et in√©dit dans la mani√®re et dans les th√®mes.
    Et puis Sandman, pour ce que j‚Äôen sais, a pour personnage principal le ma√ģtre du Royaume des R√™ves, que les membres de sa famille ont pour nom Desire, Death, Destiny,‚Ķ Des noms √©vocateurs qui laissent entrevoir de nombreux d√©veloppements.
    Une s√©rie ¬ę adulte ¬Ľ, riche, complexe, fouill√©e, litt√©raire, ayant pour cadre g√©n√©ral le monde du r√™ve, et un auteur quasi-culte, rien que cela suffit √† aiguiser ma curiosit√© !‚Ķ (MR_Claude)


  • Le point de vue des connaisseurs:
    Morph√©e, le Marchand de Sable, Lord Shaper, Dream... L'Infini, ma√ģtre des r√™ves a port√© bien des noms √† travers les si√®cles. Accueillant tous les √™tres vivants pour une visite dans son royaume qu'il dirige sans cruaut√© mais √©galement sans remords. Au cours des 75 √©pisodes de la s√©rie Sandman, r√©unis en 10 volumes, on apprend les √©pisodes importants de la vie de cet √™tre, en particulier dans le dernier si√®cle. On apprend √©galement qui sont les Infinis, cette famille d'√™tres plus vieux que le temps, plus puissants que les dieux, mais √©galement plus assujettis √† leurs devoirs que quiconque.
    Au cours de ces 10 volumes, on apprend comment ces puissances supérieures sont intervenues dans la vie de hommes, et des autres vivants, au cours des siècles.
    On apprend comment Dream sera captur√© par un humain pendant plus d'un demi-si√®cle, puis se lib√®rera. On apprendra ses aventures avec des femmes de tous horizons, princesse, muse, d√©esse... On rencontrera les habitants du royaume des r√™ves, aussi bien les cauchemars que les premiers r√™ves comme Eve ou Abel & Cain, ainsi que les lieux capables de se personnifier. On verra comment se g√®re un royaume qu'on pourrait croire imaginaire, et √©galement les relations avec les diff√©rentes puissances existantes comme dans le tome 4, o√Ļ Dream "h√©rite" du royaume des Enfers. Les histoires racont√©es dans cette s√©rie sont trop nombreuses et trop diversifi√©es pour faire ici un inventaire exhaustif.
    Aujourd'hui, Sandman revient enfin en version française. Après 4 tomes reprenant les 2 premiers tomes américains chez feu Le Téméraire, c'est Delcourt qui se décide à éditer cette série onirique. Et ils se lancent dans l'aventure en commençant directement au tome 4. Les raisons de l'éditeur sont qu'il ne veut pas flouer les possesseurs des premiers volumes parus au Téméraire. Il y a également le problème de l'accessibilité. Le scénariste, Neil Gaiman, véritable chef d'orchestre de la série, avait utilisé, bien avant les séries telles que le décalogue ou le triangle secret, le fait de changer de dessinateur régulièrement. Ainsi, chaque épisode est dessiné par un auteur différent. Ce qui fait dire à l'éditeur français que les premiers épisodes sont moins accessibles graphiquement, ce qui n'est pas totalement faux. Qui plus est, ce tome 4 peut se lire relativement indépendament. On regrettera tout de même cette décision, tant les épisodes se renvoient les uns aux autres et la série formant vraiment un ensemble cohérent.
    En tout cas, cette série est à lire absolument. Du fait du sujet onirique suffisament large pour permettre toutes sortes de thèmes et de traitement de l'histoire, et également toutes les folies les plus bizarres, la série part vraiment dans toutes les directions. S'ennuyer en lisant Sandman est difficile. D'autant plus que malgré cette dispersion, Gaiman met également en place un schéma global sur la totalité de la série. Et ce schéma est loin d'être compliqué, puisqu'il s'agit juste de la vie de ce personnage, et de ceux qui l'entourent et qui l'approchet.
    Je conseille donc vraiment cette série à tous les amateurs d'histoires bizarres mais intéressantes, comme seuls les rêves peuvent l'être. Un must!


  • Les diff√©rents dessinateurs:
    Sandman est une série qui se caractérise par l'utilisation de moult dessinateurs. Néanmoins sept dessinateurs auront marqué la série :

    - Sam Kieth est le premier à avoir illustré Sandman. Son style nerveux tout-terrain, lui permettant d'alterner des planches très fouillées avec des planches bien plus minimalistes, a donné le ton à la série, marquant les dessinateurs qui lui succèderont. Keith a été marqué par cette expérience, vu que ses travaux postérieurs réalisés en solo (the Maxx, Zero Girl, Ashley Wood, voir même son Wolverine/Hulk) ont pour thème récurrent des adolescents confrontés à des univers oniriques souvent très angoissants.

    - Jill Thompson est aussi connue pour son travail sur The Invisibles (notamment l'immense saga of the She-Male) avec Grant Morrison, qui dit d'ailleurs que c'est gr√Ęce √† elle s'il a pu terminer cette s√©rie. Son style exp√©rimental lui vaut d'√™tre tr√®s √† l'aise pour dessiner des limbes inqui√©tantes ou √©voluent de myst√©rieuses cr√©atures issues de la m√™me faune que les chim√®res. R√©cemment elle a sorti un manga (avec un style tr√®s ¬ę magical girl ¬Ľ) sur Death qui est un bon compl√©ment √† la Saison des Brumes.

    - Mike Dringenberg, peut-être celui dont le trait cerne le mieux la fragilité humaine, a la particularité de résider en France, et de se consacrer plus à la peinture et à l'illustration qu'à la bande dessinée. Mais cela ne l'a pas empêché de remplacer au pied levé Sam Kieth sur Sandman, lorsque celui-ci a quitté la série.

    - Michael Zulli est un artiste assez rare, sur les √©talages de comics. Son style m√©lange de baroque et de gothique est √©videmment tr√®s adapt√© aux histoires √† costumes - telles Witchcraft √©crites par James Robinson et ayant comme protagonistes les trois Parques vues dans Sandman - ou alors des atmosph√®res un peu plus freakies comme Alice Cooper's Last Temptation o√Ļ l'on retrouve Neal Gaiman au sc√©nario.

    - Marc Hempel s'est essay√© (d√®s la fin des 70's) √† de nombreuses s√©ries, tendance flop ("Breathtaker" d√©j√† chez DC/Vertigo, "Blood of the Innocent" chez Warp Graphics...) avant de trouver sa voie (humour irr√©v√©rencieux, √† tendance "je pointe du doigt les malaises de ma soci√©t√©...", graphisme tr√®s cartoonesque), notamment avec sa s√©rie culte "Gregory" (Piranha Press). Si ses travaux strictement personnels ont toujours √©t√© d'influence cartoon, humour compris, il a toujours mis √† contribution ses talents graphiques pluri-disciplinaires lorsqu'il s'agissait de travailler pour d'autres auteurs/s√©ries, en signant une dizaine d'episodes de Sandman (l'arc "The Kindly Ones", n¬į 57 √† 69), il a prouv√© qu'il pouvait √™tre un grand illustrateur expressioniste barr√©, au sens bd du terme, malgr√© les restrictions inh√©rentes aux gros √©diteurs, √† l'√©poque du moins. Il brille d√©sormais de mani√®re plus discr√®te sur des titres comme l'hilarant "Tug & Buster" (dont le dernier num√©ro commence a dater...), ou son strip online hebdomadaire "Naked Brain". Hempel est toujours aux cot√©s de son vieux comp√®re Mark Wheatley au sein de leur petit label, Insight Studios, ou ils ne cessent de progresser en trainant au passage une ribambelle d'artistes.

    - Charles Vess: Charles Vess est le dessinateur par antonomase des mondes f√©√©riques. Il a d√©j√† collabor√© avec Neil Gaiman sur Stardust (enfin c'est lui qui signe les planches de la version Illustr√©e) et sur Books of Magic. Son trait a√©rien, na√Įf, et l√©ger, mais parfois malicieux, emm√®ne le lecteur dans des univers √† la magie omnipr√©sente, de la reine des F√©es au plus petit brin d'herbe. Il a √©galement dessin√© pour Jeff Smith, le sp√©cial Bone consacr√© √† Rose ainsi qu'un recueil d'illustrations sur des ballades et autres contres folkloriques anglo-saxons (Ballades et Sagas).

    - Kelley Jones, au style tr√®s expressif, est un sp√©cialiste des histoires d'horreurs, infernales ou non. Il a collabor√© √† Batman (notamment une trilogie voyant comme protagoniste un Batman-Vampire) et √† Crusades, s√©rie ayant comme h√©ros un crois√© du moyen-√Ęge venant apporter la r√©demption aux √Ęmes perdues de San Francisco.

    Sinon à noter quand même la présence d'artistes confirmés du comic-book pour un ou deux épisodes comme Bachalo (les deux mini-séries Death, traduites par le Téméraire), PC Russel et son style très art-déco, Matt Wagner (Grendel et surtout Sandman Mystery Theatre) ainsi que les peintres G. Pratt (Batman, Wolverine : Netsuke, Ennemy Ace), JJ Muth (Wolverine/Havok : Meltdown, Moonshadow) ainsi que le très expressioniste Teddy Kristiansen (House of Secrets, Grendel).

    Enfin en d√©pit du fait que Sandman utilise moult dessinateurs suivant l'√©volution de l'histoire, la s√©rie garde une certaine unit√© graphique gr√Ęce aux couvertures toutes plus belles les unes que les autres, sign√©es Dave McKean. Le style exp√©rimental, riche en collages et autres techniques picturales, de McKean est d'ailleurs id√©al pour repr√©senter la dimension onirique de Sandman. Car le dessin surr√©aliste de McKean est un peu comme un r√™ve, sujet √† de multiples interpr√©tations et laissant moult portes ouvertes... (bon l√† j‚Äôen fais un peu trop, je sais :o))) ). A noter aussi que McKean et Gaiman sont indissociables. Les romans de Gaiman √©tant souvent illustr√©s par une couverture de McKean, et Gaiman n'h√©site pas √† se fendre de quelques conseils sur les oeuvres solo du dessinateur (voir Cages).



  • Pour s‚Äôy retrouver dans les publications:
    L‚Äô√©dition am√©ricaine de Sandman comporte 75 √©pisodes regroup√©es en 10 volumes. Sandman a connu une premi√®re √©dition malheureusement avort√©e avant la fin de la publication. 4 Tomes ont √©t√© publi√©es au T√©m√©raire, les deux premiers forment le premier volume am√©ricain (√©pisodes #1 √† #8), les deux suivants formant le deuxi√®me volume am√©ricain (√©pisodes #9 √† #16), d‚Äôo√Ļ la num√©rotation bulledairienne un peu √©trange :o)
    Delcourt commence la publication au tome 4 américain (épisodes #21 à #28), les prochaines publications étant un hors-série, puis une reprise dans l’ordre chronologique annoncée pour mai pour le premier volume américain, puis septembre pour le deuxième, et ainsi de suite en reprenant les volumes américains, à raison d’un par trimestre, si tout va bien.
    Espérons qu’ils s’y tiennent !




Pour en savoir plus avant la lecture

  • Le site de Neil Gaiman, tenu par l'auteur, des infos, un journal...


  • Quelques autres bandes dessin√©es √©crites par Neil Gaiman
    - Orchidée Noire
    - Mr Punch
    - Le jour o√Ļ j'ai √©chang√© mon p√®re contre deux poissons rouges
    - Harlequin Valentine
    - Des loups dans les murs
    - Les mystères du meurtre
    - Death, la soeur ainée de Sandman.


  • Quelques romans de Neil Gaiman
    Si l'on pense Gaiman, on pense Sandman... il ne faut pas cependant négliger une énorme partie de son oeuvre, romanesque celle-là. Et elle n'est pas des moindres. On retrouve des romans, des histoires pour enfants (et même grands enfants), des nouvelles, qui montrent sa polyvalence.

    - "Neverwhere raconte l'histoire d'un homme qui tombe entre les mailles de la société pour avoir simplement été humain. Richard Mayhew a une vie très tranquille et très normale. Il a un job rasoir, une petite amie exigeante et une vie tout ce qu'il y a de plus banale. Un soir, alors qu'il sort avec sa petite amie, il vient en aide à une jeune fille qui semble totalement décalée. Et sa vie bascule. Peu à peu, les gens ont de plus en plus de mal à le voir, jusqu'à l'ignorer totalement. Porte, la jeune fille qu'il a sauvé lui vient alors à son tour en aide en lui faisant découvrir le "Londres d'en bas". Ce Londres là est constitué de tous les perdus, les exclus d'en haut mais également toutes sortes de créatures et de pouvoirs dont on limite généralement l'existence aux contes de fées.
    Dit comme ça, le scénario semble assez proche de Midnight Nation, mais le roman lui est antérieur. De même que le Londres d'en bas rappelle un peu le monde des sorciers d'Harry Potter, mais là encore, il lui est antérieur.
    Dans ce roman, Gaiman s'amuse allègrement à créer un monde en complet décalage avec le quotidien. Ce monde est très proche et en même temps difficile à rejoindre et encore plus à quitter. En tout cas j'ai beaucoup aimé son style tout en finesse, son histoire tout en décalage, ses personnages tout en souvenirs d'enfance et symboles. Un conte, pas vraiment pour enfants, mais très agréable à lire." (cubik)

    "Neverwhere, un de ses plus anciens romans, prend place √† Londres. La vie de Richard, employ√© tout ce qu'il y a de plus basique, fianc√©, vire au cauchemar total le jour o√Ļ il secourt une jolie demoiselle r√©pondant au doux nom de .. Porte. Sa fianc√©e le quitte, plus personne ne le connait. D√®s ce moment, il d√©couvre un autre Londres, parall√®le, o√Ļ un certain marquis de Carrabas cache son √Ęme dans un endroit des plus insolites, o√Ļ les anges r√©servent quelquefois des surprises. Bref, tout un imaginaire d√©lirant se d√©ploie, et on ne peut que s'en r√©jouir. A savoir que le roman a √©t√© adapt√© en t√©l√©film par la BBC (apparemment in√©dit en France)." (didi)

    "Pour Neverwhere, moi ce qui m'a frappé ce n'est pas que le monde d'en bas ressemble à Harry Potter, mais clairement à Alice. Ca saute vraiment aux yeux, je trouve, mais bon, Harry Potter a un gros coté "alice" aussi. d'ailleurs le nombre d'allusions à alice dans Neverwhere est assez impressionnant. On se retrouve dans Neverwhere dans un monde d'en dessous avec des règles précises, qui paraissent absurdes au commun des mortels, avec son lot d'explications fumeuses ou tout simplement éludées parce que "c'est comme ca" (qui decide de l'emplacement du marché flottant par exemple). La différence est que les aventures d'Alice n'ont aucune implication dans l'autre monde, alors que celles de richard si: Richard se balade toujours dans Londres après tout. C'est en cela que le rêve contient la realité chez Gaiman: Richard voit pleinement les choses quand il fait partie du Londres d'En Bas, les deux Londres, alors que sa vision est tronquée quand il est En Haut." (petitboulet)

    -Stardust, annonc√© comme un "roman pour adolescents"(sic), se veut un v√©ritable conte de f√©e. Tout commence au village de Wall, en Angleterre, o√Ļ un jeune homme se laisse s√©duire par une √©trange cr√©ature... et trouve un jour un b√©b√© devant sa porte! Le b√©b√© en question, devenu grand, se lance par amour dans une qu√™te qui le m√®ne √† travers le pays de Faerie, de l'autre c√īt√© de la barri√®re (toujours ce th√®me gaimanien de la fronti√®re). Le tout √©crit dans un slenldide style archa√Įsant, comme l'√©taient les contes de f√©es de l'√©poque victorienne. (didi)



    -Dans un tout autre genre, American Gods, prix Hugo, prend une dimension plus importante. En effet les immigrants de toutes les nationalit√©s, en arrivant aux Etats-Unis, ont amen√© avec eux tout leur Panth√©on, de Thor aux Leprechauns. Or ils sont actuellement √©vinc√©s par les dieux modernes, T√©l√©vision, Autoroute... Donc nous assistons √† une bataille de dieux et demi-dieux (√ßa ne vous rappelle rien?), √† travers le regard d'ombre, fra√ģchement sorti de taule, mais qui r√©serve quelques surpises. On retrouve donc, √† l'instar de Sandman, de divines prises de bec, qui laissent parfois les mortels un peu √† c√īt√© de la plaque. (didi)

    -On ne peut n√©gliger son recueil de nouvelles, Smoke and Mirrors (Miroirs et Fum√©e), o√Ļ l'on retrouve de tout, des anges, encore et toujours, qui sont tr√®s fortement semblables √† ceux qui gardent l'Enfer du Sandman, des trolls sous des ponts, des grand-m√®res qui disparaissent, et, petit bijou du recueil, une version de Blanche Neige, dans laquelle on donne (enfin) la parole √† la belle-m√®re.

    -En attendant de lire Des loups dans les murs en Fran√ßais, on ne peut que conseiller de lire ses oeuvres pour enfants. Coraline, digne h√©riti√®re d'Alice, se trouve confront√©e √† d'√©tranges parents aux yeux de boutons, qui l'aiment et veulent la garder avec eux pour toujours... ce serait un conte de f√©es partant tout d'un coup du c√īt√© de Tim Burton. Le jour o√Ļ j'ai √©chang√© mon p√®re contre deux poissons rouges, nettement moins effrayant, illustr√© par Mc Kean, comme Coraline d'ailleurs, donne un d√©lire improbable, comme l'annonce le titre qui r√©sume d'ailleurs l'histoire!!

    -A signaler également, "De bons présages" (Good Omens), co-écrit avec Terry Pratchett ("les annales du disque-monde"), et "Angels and visitations" (non traduit).



  • Les th√®mes:
    - La magie:
    La magie pr√©sente chez Gaiman est avant tout un faire-valoir des personnages et de leur √©volution, et un go√Ľt certain pour l'√©sot√©risme (mais soft, hein!!). La magie semble √™tre partout dans l'univers de Neil Gaiman. Il s'agit sans doute possible d'un trait commun emprunt√© √† son maitre et ami, Alan Moore, lui-m√™me magicien (!).
    La magie remplit tous les vides laiss√©s par la vie, pour s'immiscer jusque dans notre quotidien. Il ne s'agit pas toujours d'une magie grandiloquente utilisant renfort d'effets sp√©ciaux ou de paillettes. Il s'agit plus d'une magie ordinaire, presque banale, comme de la superstition. Elle n'en demeure pas moins puissante. Dans Sandman, elle permet m√™me de tenir les Infinis √† distance, voire m√™me de les emprisonner. Qui plus est, elle suit une certaine logique, bizarre certes, mais une logique tout de m√™me. Dans Harlequin Valentine, un d√©jeuner un peu bizarre permet de se d√©barasser d'un petit plaisantin. Et le fait de manger un coeur para√ģt finalement assez logique quand on sait que ce plaisantin est un Harlequin cherchant sa Valentine, qui ne cherche donc qu'√† se faire prendre le coeur. La magie, dans le monde de Neil Gaiman, fait vraiment partie de la vie. M√™me si elle n'est pas clairement annonc√©e, on la sent pr√©sente jusque dans ses contes pour enfants, comme Le jour o√Ļ j'ai √©chang√© mon p√®re contre 2 poissons rouges. Pour connaitre le monde magique de Neil Gaiman, je ne peux que conseiller la lecture de Books of Magic, malheureusement disponible uniquement en vo, o√Ļ le jeune Timothy Hunter, arch√©type d‚ÄôHarry Potter avant l'heure, re√ßoit un aper√ßu de ce qu'est la magie.

    - La réutilisation des mythes et la cohérence:
    Une des marques de fabrique de Neil Gaiman est l'utilisation de mythes et personnages d√©j√† existant, aussi bien dans la culture populaire que dans les cartons des √©diteurs qui le publient. C'est l√† encore un trait qu'il partage avec Alan Moore. Qui plus est, cela est pafaitement coh√©rent avec le personnage de Sandman. Qui mieux qu'un personnage incarnant le r√™ve depuis la nuit des temps peut aborder et expliquer les mythes invent√©s au cours des si√®cles? Ainsi, on verra appara√ģtre dans les pages de la s√©rie des personnages de mythes africains, grecs, britanniques, japonais, nordiques, chr√©tiens, etc. Etant universel et intemporel, le royaume des r√™ves permet de visiter et revisiter les l√©gendes de toutes les cultures et de toutes les √©poques. Gaiman se permet m√™me d'en cr√©er de nouveau impossible √† conna√ģtre autrement, tel le mythe des chats dominant la terre. Il se permet √©galement de r√©cup√©rer et d'int√©grer de fa√ßon r√©currente des personnages populaires telle Eve ou les 3 dames, pr√©sentes sous diff√©rentes formes dans la plupart des mythes occidentaux (les Parques grecques‚Ķ). Mais comme ces personnages existent souvent depuis longtemps, il essaye √† chaque fois de revenir √† leur premi√®re incarnation, √©pluch√©e de tout attribut romanc√© ou √©dulcor√© dont les si√®cles peuvent parer les mythes. L√† dessus, il ajoute une flop√©e de personnages oubli√©s par son √©diteur qu'il va d√©nicher, toujours dans la lign√©e d'Alan Moore, dans les cartons de son √©diteur. C'est ainsi qu'apparaitront des personnages oubli√©s tels que Cain & Abel, l'Orchid√©e Noire, ou le premier Sandman. Il les extirpe des d√©barras o√Ļ ils √©taient rang√©s depuis des ann√©es, les polit et les place comme des pierres indispensables √† son √©difice. Car c'est bien un √©difice que bat√ģt ainsi Neil Gaiman. Chacune de ses s√©ries se d√©roulent dans un univers coh√©rent avec celui de ses autres oeuvres. C'est pour cela que depuis le d√©but, je parle de L'univers de Neil Gaiman, et pas de ses univers. Son oeuvre pourrait para√ģtre tentaculaire √† sa fa√ßon de partir dans tous les sens. Elle est en fait extr√™mement coh√©rente. Ce qui permet d'ailleurs √† l'auteur de faire appara√ģtre les personnages d'une de ses s√©ries dans les autres. Le tout forme ainsi un ensemble coh√©rent dont les parties peuvent vivre ind√©pendament mais se soutiennent n√©anmoins les unes les autres. Un peu comme une famille.

    - la famille:
    Dans l'univers de Neil Gaiman, la famille tient une place importante. Ce n'est pas toujours une famille tr√®s orthodoxe. Il s'agit parfois de la famille qu'on se choisit, parfois de celle dont on h√©rite. Mais elle est toujours tr√®s pr√©sente sous une forme o√Ļ une autre.
    Dans Sandman, Dream a pour ainsi dire, 2 familles. Il y a celle li√©e √† son r√īle et √† ses responsabilit√©, celle des Infinis. Tout comme ses responsabilit√©s, il ne juge pas cette famille, elle existe, c'est tout. Et s'il a de l'affection pour celle qui est presque sa jumelle, Death, les autres ne lui font quasiment ressentir qu'indiff√©rence (Destiny, Despair), ennui (Delirium), voire agacement (Desire). Cela est sans doute d√Ľ au fait qu'en plus d'√™tre des parents, les Infinis agissent sur sa vie, du fait de leurs responsabilit√©s et leurs r√īles respectifs. D'ailleurs, d√®s qu'il s'agit de parents dont la puissance n'influe pas sur sa vie, tel son fils Orph√©e, on a l'impression que Dream agit plus par responsabilit√© que par affection. A cot√© de cette famille du sang, Dream s'est quasiment entour√© d'une autre famille constitu√©e en fait de sujets proches, tels que Cain & Abel, Eve ou Matthew, un humain devenu corbeau au royaume des r√™ves. Bien sur, il demeure leur souverain et n'h√©site pas √† leur rappeler. Mais c'est parmi eux que Dream se confie le plus, qu'il le choisisse ou pas d'ailleurs.
    Ainsi, tous les personnages de Gaiman cherchent √† se constituer une famille de l'Orchid√©e Noire qui cherche ses semblables, au petit gar√ßon qui a √©chang√© son p√®re contre des poissons rouges. Dans ses romans, on retrouve cette notion √©galement dans Neverwhere o√Ļ le "h√©ros" n'a finalement aucun mal √† quitter sa vie pour suivre sa nouvelle famille qui lui est litt√©ralement tomb√©e dessus.
    Peu importe la forme et les composantes de celle ci, la famille est le cocon à constituer dans toutes les histoires de Gaiman.

    - La destinée:
    Dans l'oeuvre de Gaiman, les choses n'arrivent pas par hasard. Nous sommes tous soumis à la destinée, écrite depuis la nuit des temps. Elle est incarnée dans Sandman par le plus ancien des Infinis, Destiny. Celui-ci est enchainé à son livre, le livre des destinées. Il en est à la fois le rédacteur et le lecteur, à croire que sa main écrit à son insu. Il est le premier des Infinis, laissant penser que la destinée, la vie et la mort de toute chose, ont été écrites avant même leur création. Cela rend inéluctable tout évènement, même lorsque Destiny lui-même les annonce en lisant son livre. Tout le monde, y compris les Infinis, sont soumis à sa destinée.
    Ainsi, l'Harlequin se fera prendre son coeur par sa Valentine. Ainsi, le jeune Timothy Hunter voit son avenir tracé dans l'univers de la magie. Mais c'est dans l'univers de Sandman que cette inélucatibilité se fera le plus sentir. En effet, déjà personnifiée par Destiny, la constance des destinées humaines et autres sera appuyée par la présence récurrentes d'augures et autres médiums, telles les 3 dames.

    - L'onirisme : symbolique, mondes parallèles et contes:
    Comment parler de Neil Gaiman et de son Sandman sans évoquer l'onirisme. Il aime bien évoquer cette partie de l'inconscient humain qu'est le rêve. Bien sur, cela est poussé à son paroxysme dans Sandman puisqu'il est le maitre des rêves. Mais cela apparait également dans le reste de son oeuvre. L'intérêt principal que représentent les rêves pour Gaiman est leur portée symbolique. Très porté sur les allusions, métaphores et autres icones, il peut jouer avec à sa guise dans l'univers des rêves qui ne sont en général que symboles. Ainsi, on peut par exemple retrouver sous différentes formes et dans ses différentes oeuvres les notions de frontières ou des symboliques mathématiques (le chiffre 3 notamment). Il partage encore une fois cette facette de son travail avec Alan Moore qui manie également les symboles avec brio, le plus souvent pour leur coté ésotérique.
    Il existe deux mondes chez Gaiman. Le premier est celui de la réalité, qu'il décrit en général fade, terne, ennuyeuse, effrayante parfois, mais ne présentant dans tous les cas qu'assez peu d'interêt.
    Le deuxième se révèle foisonnant, haut en couleurs, extrèmement diversifié et désordonné.C'est le monde de l'imaginaire, séparé en général du réel par une frontière ténue: dans Mr Punch, cette frontière est celle du spectacle de marionnettes, dans Neverwhere il s'agit d'innombrables portes, trouant la réalité comme du gruyère, laissant l'imaginaire accaparer ses temples les plus visibles parfois (le marché flottant qui se tient chez Harrod's, le plus grand magasin de Londres). Dans Sandman, cette frontière est celle du sommeil, chez les humains: l'abandon du sommeil ouvre l'homme à un monde de possibilités infinies.
    Dans tous les cas, quand les personnages de Gaiman se trouvent dans l'univers imaginaire, qu'ils d√©couvrent toutes les possibilit√©s, les richesses que ce monde a √† leur offrir, et le comparent avec l'endroit d'o√Ļ ils viennent, leur vie ant√©rieure leur para√ģt d√©nu√©e de sens, moins rassurante, moins riche en opportunit√©s, en couleurs. Quand on voyage dans la vie r√©elle, le monde imaginaire est invisible. Quand on passe de l'autre c√īt√© de la porte, notre perception s'√©l√®ve d'un cran, nous pouvons appr√©hender le monde de mani√®re bien plus compl√®te: chez Gaiman, l'imagination contient la r√©alit√© et non l'inverse.
    Cet univers du rêve, cela rejoint très largement l'univers de l'enfance, et Gaiman semble préférer nettement le rêve à la réalité, la vie réelle est fade, le rêve offre une tentation bien plus grande malgré ses dangers. Il suffit de lire Mr Punch ou Neverwhere: le jeune garcon dans Mr Punch se rassure à voir le spectacle qui est pourtant effrayant, il est plus rassuré par le songe et la magie que par la réalité, parce que le songe ne ment pas contrairement au monde des adultes. On a la un beau paradoxe, non?
    Donc en fait, Gaiman essaie de renouer avec l'esprit des contes de f√©e d'antan qui √©taient quand m√™me nettement moins √©dulcor√©s que les versions disneyiennes et autres qui nous sont propos√©s. Et puis cela rejoint un peu Alan Moore, qui souvent montre combien nos vies sont conditionn√©s par nos peurs, nos angoisses et nos petites mesquineries... Et quoi de mieux pour d√©montrer cette attitude que de parler du R√™ve, l'endroit o√Ļ le masque tombe et ou les pulsions et d√©sirs sont r√©v√©l√©s. Mais l‚Äôesprit de Gaiman diff√®re de celui des contes d'antan. Gaiman fait une liaison avec le r√©el, toujours. Les contes d√©marrent d√©j√† dans un univers onirique, avec ses r√®gles bien pr√©cises. Les contes contiennent une morale que l'on peut transposer dans la vie r√©elle. Les contes nous ram√®nent √† la r√©alit√©, rien ne s'√©chappe du r√™ve sauf cette morale. Chez Gaiman, outre le fait qu'il n'y a pas de volont√© moralisatrice, le but n'est pas de revenir a la vie r√©elle, puisqu'on l'a quitt√©e pour quelque chose d'infiniment plus vaste. Et surtout, le r√™ve contient la r√©alit√© et pas l'inverse, qui etait plutot le credo des conteurs de l'epoque.


    Pour r√©sumer, l'univers de Sandman, et par extension celui de Gaiman en g√©n√©ral, poss√®de les particularit√©s du r√™ve: magie, croyances, symboles... Une sorte de conte de f√©es un peu cruel, o√Ļ le r√™ve englobe la r√©alit√©, souvent triste, mais ne l'efface jamais totalement. Un univers riche, o√Ļ se cotoie dieux, mythologies, gardiens des r√™ves, des d√©sirs, de la mort, d√©mons... et humains.


Et après lecture...



Images Copyright © Gaiman / MacKean / Pratt / Craig Russell / Wagner / Jones / Dringenberg / Jones III / Giordano - Delcourt 2003

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