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Cornélius

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Gus Bofa l'enchanteur désenchanté
DessinBofa Gus
Ann�e2013
EditeurCornélius
CollectionVictor
S�rieOne-shot !
Bullenote [d�tail]

- [Rédactionnel], Pollaud-Dulian Emmanuel (S)
- [Illustration], Bofa Gus (S)
S : Sc�nario

 

1 avis

Mael
Gus Bofa a eu une influence majeure sur des dessinateurs tels qu’Alain Saint-Ogan ou Jacques Tardi en passant par Morris et Jean Bruller (Vercors). Eux-mêmes inspirèrent des auteurs aussi divers que Blutch, Jean-Yves Ferri, Dupuy & Berberian ou David Prudhomme, qui revendiquent aujourd’hui l’héritage du père-fondateur. Dans la mesure où ces derniers font école, et bien que Bofa n’ait jamais fait de bande dessinée à proprement parler, cette dernière lui doit un lourd tribut.

Gus Bofa est donc un mythe, mais paradoxalement ses œuvres sont restées indisponibles pendant des années. Il faudra attendre le début des années 2000 pour que Le Seuil puis Cornélius – qui détient aujourd’hui tout le catalogue – remettent en circulation ses travaux à des tarifs abordables. Depuis lors, paraissent régulièrement des livres impeccablement restaurés, souvent riches d’inédits, mais finalement assez peu de travaux critiques, alors même que ses talentueux émules s’en voyaient gratifiés.

C’est que, pour s’atteler à la tâche, il fallait du temps et du courage : rien n’existant, il fallait tout défricher, et l’homme Bofa ne tenait pas particulièrement à raconter sa vie. C’est Emmanuel Pollaud-Dullian, amateur passionné de dessin et auteur d’un bel ouvrage sur le Salon de l’Araignée (éd. Michel Lagarde), créé par Bofa en 1919, qui s’y est collé, des années durant. Plusieurs fois annoncé, souvent repoussé, le livre a fini par arriver et est à l’image de son sujet : monstrueux.

Grand livre cartonné de plus de 550 pages, rempli d’illustrations quadri toutes soigneusement reproduites, Gus Bofa, l’enchanteur désenchanté s’assigne à nous raconter la vie d’un homme discret sans entrer dans l’étalage d’anecdotes. Si le livre est bien une monographie, il s’agit surtout de mieux comprendre l’œuvre et non de jeter un regard impudique sur une vie. Posant admirablement le contexte, Pollaud-Dulian permet de saisir l’ambiance de l’époque, la jeunesse morne d’un enfant se rêvant officier en pleine affaire Dreyfus, la désillusion et l’opportunité du dessin, la participation malgré tout à une guerre qui le laissera infirme et lui ancrera un antimilitarisme farouche en tête.

Témoin de son époque, Bofa ne se contentera pas de la croquer, il se l’appropriera en tentant d’en faire évoluer les codes. Directeur de publications (Le Rire, Sourire, La Petite Semaine), satiriste, affichiste et auteur de music-hall, il se révèle dans l’illustration. Transcendant les textes de ses contemporains (Courteline, Béraud, son ami Pierre Mac Orlan…) comme de certains classiques triés sur le volet (Cervantes, Poe, Swift, Twain…), il créé un Salon de dessin à l’écart des sentiers-battus et endosse la casquette de critique littéraire acerbe pour Le Crapouillot.

Hanté par la guerre, Bofa supporte mal de voir la menace d’un nouveau conflit mondial s’affirmer. Prenant un virage plus sombre, il publie ses chefs d’œuvres dans une indifférence de plus en plus sourde : la page de la bibliophilie est tournée et les citoyens ont d’autres chats à fouetter. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Bofa est oublié. Il meurt en septembre 1968 sans que personne ne s’en émeuve et son atelier est dispersé à Drouot. Quelques collectionneurs tentent cependant de raviver sa mémoire, dont Tardi qui poussera Futuropolis à publier Gus Bofa l’incendiaire en 1980 – un ouvrage unanimement décrié pour la mauvaise qualité de ses reproductions, mais qui avait l’avantage de tenter de le remettre sur le devant de la scène, sans grand effet.

Trente ans après, la situation a changé : réédité, reconnu, exposé à Angoulême, Gus Bofa a repris la place qu’il n’aurait jamais dû perdre. La somme publié par Emmanuel Pollaud-Dulian, dont la richesse iconographique n’a d’égale que la qualité du travail de recherche, comble enfin un immense vide dans l’histoire du dessin moderne. Précis, pédagogique, à l’écriture limpide, Gus Bofa, l’enchanteur désenchanté est un coup de maître qui a bien mérité son « Prix Papiers Nickelés », remis par la belle revue d’Yves Frémion, qui récompense chaque année le « meilleur ouvrage ou travail sur le dessin imprimé sur papier ».
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