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© Dupuis

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Euy
ScénarioMaret Léon
DessinMaret Léon
Année2026
EditeurDupuis
CollectionLes Ondines
SérieOne-shot !
Bullenote [détail]

 

2 avis

rohagus
Dans un cadre préhistorique situé au mésolithique, Euy, une jeune fille aux yeux vairons, est bannie de son village d'adoption après la disparition de son protecteur. Elle se retrouve livrée à elle-même et s'attache à un personnage ambigu, mi-sorcier mi-barde, rusé et manipulateur mais finalement pas si malveillant.

Au premier abord, cette BD laisse une impression assez déroutante. Le dessin, volontairement simple, presque enfantin, et le personnage d'Euy, très spontané, instinctif, avec une manière de s'exprimer volontairement approximative, presque mal dégrossie, donnent au départ le sentiment d'un récit soit très jeunesse, soit un peu simpliste.
Et pourtant, passé cette première impression, l'album révèle discrètement son intelligence. Derrière cette apparente candeur se construit un univers étonnamment cohérent et riche, qui propose une vision de la préhistoire à la fois fantaisiste et pourtant crédible. On y découvre différentes tribus, chacune avec ses coutumes, ses manières de parler, ses niveaux de développement technique, dans un monde où coexistent échanges, conflits, commerce et même formes d'esclavage. Le tout reste rudimentaire, mais sonne juste, comme une interprétation vivante et incarnée de ce que pouvaient être ces sociétés humaines en construction.
Le travail sur le langage est d'ailleurs intéressant. Sans chercher de vraie rigueur linguistique, l'auteur s'amuse avec les mots, les manières de s'exprimer, et donne à chaque groupe une identité propre. Cela peut déstabiliser et paraitre arbitraire au début, mais quand on constate qu'il y a une vraie logique dans les manières de parler de chacun, cela participe à l'immersion et à la singularité du récit.
Sur le plan narratif, l'histoire prend la forme d'un parcours initiatique teinté d'aventure. La relation entre les deux personnages principaux, faite de méfiance, d'intérêt mutuel et d'une forme d'attachement progressif, porte une bonne partie du récit. Les péripéties s'enchaînent avec énergie, parfois avec des touches d'humour ou des situations un peu absurdes, mais l'ensemble conserve sa propre cohérence.

Ce mélange de naïveté apparente et de richesse de fond donne une BD tous publics assez singulière, qui demande un petit temps d'adaptation mais qui finit par convaincre. Une vision de la préhistoire colorée, vivante et inventive, qui parvient à être à la fois accessible et étonnamment nuancée derrière son voile de loufoquerie.
Mael
Euy a les yeux vairons et de longs cheveux roux. Sans peuple, elle a été recueillie par Lance de la tribu des bois et, bien contre leur gré, par les autres membres de la tribu. Grande chasseuse, selon elle, elle accompagne son ami partout, mais le voici qui disparaît et, elle, condamnée à l’exil, avec pour mission de nommer un objet ou animal pour permettre la réincarnation de son Lance. Si Euy est téméraire et ne manque pas de convictions, le réel semble montrer qu’elle est nettement moins forte et rapide qu’elle ne le pensait, et quand elle croise le roué Sorcier et son canibot, cela frappe de plein fouet. Cependant, ce maître manipulateur n’arrive pas autant qu’il le souhaite à ses fins et, de rebondissement en rebondissement, les deux ne cessent de se recroiser, tissant et renversant les alliances au fil des clans rencontrés.

Dans une préhistoire fictive, mais crédible, Léon Maret reprend le principe du récit d’apprentissage – même si, comme souvent, la quête initiale change en cours de route. Les parcours des uns et des autres se complexifient, et l’attachement est fort pour cette petite héroïne à qui l’on ment tant et ce type peu sympathique qui s’avère bien plus touchant quand il baisse la garde. En filigrane, c’est une vie d’apatrides indésirables avançant ensemble qui se dessine.

Construit en différents chapitres correspondant chacun à un clan croisé, l’album frappe par deux aspects. D’abord, sa construction graphique, alternant des pages formellement assez classiques avec de pleines illustrations de titres et des découpages internes nettement plus modernes (ou, au contraire, nous replongeant dans des traditions Art nouveau revivifiées), où des cases s’entremêlent à d’autres pour construire des narrations parallèles. S’y ajoute le trait de Maret, à la foi très net et limpide, à la lecture fluide dans des paysages somptueux, et pleinement ouvert au grotesque, une soudaine grimace, des corps devenant difformes, etc.

L’autre élément, sans doute le plus marquant, est le jeu sur les langues. Euy parle une langue construite sous des formes simplifiées, comme en atteste le sous-titre (« J’a œil noir, j’a œil bleu, j’ête chasseuse »), et chaque tribu a d’autres modes d’expressions : certains sont plus sommaires encore, d’autres versifient, coagulent les mots, les mélangent…

Si un guide final explicite cela, l’album se dévore très bien sans (et même une seconde fois avec joie une fois les clefs données), et suscite un plaisir de lecture particulièrement vif. Ou alors, il faudra s’identifier au sorcier, Maître Fluttard qui possède le talent de parler toutes les langues. Mais il se fait aussi haïr de tous !
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