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  rohagus
    | Dans la campagne du XVIIIe siècle, Jacques grandit sous l’autorité de parents violents et bigots. Pour échapper à cette réalité étouffante, il se réfugie dans son imaginaire, où il devient Jacqueline, une petite reine entourée d’une cour de joyeux drilles. Ensemble, ils se lancent dans une quête symbolique, celle d’une robe d’or censée permettre à chacun de devenir ce qu’il souhaite être, tandis que, en parallèle, la vie réelle de Jacques continue de suivre un chemin beaucoup plus sombre.
Le dessin est très beau. Le trait est délicat, expressif, et les couleurs jouent un rôle essentiel dans la narration, opposant un monde réel terne et gris à un univers imaginaire foisonnant et lumineux. Cette dualité fonctionne bien et renforce l’attachement aux personnages, qu’il s’agisse de Jacques ou de toute cette galerie de figures étranges et touchantes qui peuplent son monde intérieur. Les dialogues, souvent empreints de douceur et de bienveillance dans la partie onirique, participent aussi à cet attachement. Par contre, j'ai été un peu agacé par la disposition des bulles de dialogues souvent placées complètement à gauche et complètement à droite de la case alors qu'elles se répondent mutuellement, brisant complètement la fluidité de la lecture du texte.
Le récit aborde des thèmes forts et dans l’air du temps, comme la maltraitance, le rejet de la différence, la construction de l’identité de genre ou encore le refuge que peut représenter l’imaginaire face à un monde hostile. La manière dont les personnages rencontrés au fil de la quête font écho à des réalités plus concrètes est intéressante, tout comme ce jeu constant entre rêve et réalité qui finit par les faire se rejoindre. Il y a un petit côté Magicien d'Oz dans la manière dont le monde de fantaisie agit comme un miroir déformé du réel.
Je suis un peu plus réservé sur le traitement global de l’histoire. Le récit paraît assez manichéen, avec des parents présentés comme ignobles du début à la fin, sans nuance, et une accumulation de situations tragiques qui finit par donner un sentiment d’insistance. La conclusion, très sombre, où tout bascule dans une issue dramatique pour l’ensemble des personnages, m’a semblé appuyer un peu trop fortement son propos. Cela manque à mes yeux de subtilité et de justesse dans la mesure, comme si l’œuvre cherchait avant tout à marquer les esprits plutôt qu’à réellement nuancer son discours.
Cela donne une fable visuellement très réussie, touchante par moments et portée par de belles intentions, mais dont l’écriture m’a semblé davantage relever d’un registre young adult que d’un récit véritablement mature, faute de nuances dans ses personnages et dans son traitement de la tragédie. Pour ce public, l’ouvrage reste cependant très efficace et saura sans doute toucher un grand nombre de lectrices et de lecteurs. |
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