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  rohagus
    | Adapté d'un sujet que la science-fiction récente semble affectionner tout particulièrement, celui des vaisseaux générationnels chargés d'emporter l'humanité vers une exoplanète afin d'assurer sa survie, L'Héritage fossile s'inscrit dans une tendance qui reflète sans doute les inquiétudes actuelles concernant l'avenir de la Terre et les conséquences de l'action humaine sur notre environnement.
Le récit alterne entre deux époques. D'un côté, l'errance d'un homme et d'une jeune fille sur une planète désertique balayée par une tempête permanente. Cette partie m'a évoqué à plusieurs reprises La Route, avec son ambiance post-apocalyptique et sa relation entre un adulte et un enfant dans un monde hostile. C'est un type de récit qui ne me passionne pas particulièrement, même s'il sert ici efficacement à expliquer la situation de ces deux derniers survivants et leur quête pour permettre à l'humanité de renaître.
C'est surtout le second fil narratif qui m'a captivé. On y suit quatre astronautes engagés dans un voyage interstellaire de 20 000 ans à bord du Heritage One. Grâce à un procédé de biostase, ils ne se réveillent que cinq jours tous les vingt-cinq ans, ce qui ne les fera vieillir que d'une dizaine d'années au terme du trajet. J'ai beaucoup aimé cette idée ainsi que les conséquences imprévues que ce procédé entraîne sur leur organisme. Toute la réflexion autour du temps gigantesque qui les sépare de leur destination, de l'isolement absolu, des choix impossibles qu'ils doivent faire pour survivre et poursuivre leur mission constitue à mes yeux la véritable force de l'album.
J'ai trouvé les dilemmes moraux intéressants, même si certaines réactions m'ont parfois semblé excessivement épidermiques ou moralistes. Face aux circonstances, j'étais souvent davantage du côté du protagoniste principal, même si ses méthodes sont loin d'être irréprochables. C'est toute la force d'une telle œuvre que de faire réfléchir aux décisions qu'on prendrait soi-même dans une telle situation.
L'intrigue m'a tenu en haleine du début à la fin. La résolution reste relativement classique pour une œuvre de science-fiction traitant de voyages interstellaires sur des échelles de temps démesurées, mais elle fonctionne bien et m'a satisfait, même si j'aurais sans doute aimé une conclusion un peu plus optimiste.
Graphiquement, l'album possède une identité très particulière. Philippe Valette mélange personnages modélisés en 3D puis dessinés en 2D et décors entièrement réalisés en 3D photoréaliste. Le résultat surprend au départ, notamment lors des premières scènes spatiales où le contraste est très marqué entre les personnages et leur vaisseau. Mais ce contraste se fait bien plus naturel dans les séquences à bord du vaisseau ou sur cette planète balayée par les tempêtes. J'ai apprécié l'originalité de cette approche graphique. La simplicité des personnages a la qualité d'alléger la dureté de ce qu'ils traversent, tandis que les décors renforcent le sentiment d'immensité et de solitude.
Sans révolutionner les grands thèmes de la SF, L'Héritage fossile propose une variation intelligente et assez captivante sur ces questions. J'ai été emporté par son idée centrale, par les problèmes auxquels sont confrontés les astronautes et par les réflexions qu'elle suscite. |
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